Hans-Rudolf Merz est critiqué de tous côtés, mais il a raison de rappeler deux ou trois réalités têtues à propos des discussions à venir sur le secret bancaire. La première est que l’enjeu est assez important pour qu’à un stade ou à un autre du processus, le peuple suisse se prononce. Ni les provocations du ministre allemand des Finances, ni les pressions américaines ne changeront ce droit fondamental de notre démocratie.

Deuxièmement, la solution qui émergera devra respecter les principes juridiques en vigueur, tels que la présomption d’innocence ou la séparation des pouvoirs. L’apparition d’un droit d’exception, comme dans l’affaire UBS, ne doit pas se répéter.

Troisièmement, l’affaire prendra du temps. Constater cela n’est pas un signe de mauvaise volonté, mais c’est prendre en compte les pesanteurs du droit international, tel qu’il se pratique dans l’Union européenne notamment.

Sur ces bases, quelle attitude le gouvernement suisse doit-il adopter face à des partenaires que la crise rend nerveux et hostiles? Certains rêvent à haute voix d’une contre-attaque sabre au clair: sus aux trusts anglo-saxons, dénonçons haut et fort les hypocrites astuces des moralisateurs! Ce serait amusant, si on était prêt à un combat sans merci. Qui a étudié cinq minutes la politique suisse sait que cette stratégie présuppose de changer de Conseil fédéral. Bonne chance…

Une autre tactique, tentante, consiste à jouer la montre, à finasser, en introduisant par exemple des voies de recours si tortueuses qu’elles rendront la future coopération inopérante. Ce serait une erreur. A supposer que la Suisse gagne ainsi du temps, elle le paierait par des attaques plus virulentes, un isolement accru.

La seule voie est celle de la négociation serrée, basée sur la bonne foi. Le Conseil fédéral doit cesser de faire comme s’il ne s’était rien passé la semaine dernière. Les règles du jeu ont changé, il s’agit maintenant de les affiner en obtenant des contreparties crédibles. La diplomatie suisse a déjà prouvé sa compétence et sa ténacité. Elle a besoin d’un mandat clair, et qu’on lui fasse confiance.

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