Honneur aux pages livres du Temps! Merci à Lisbeth Koutchoumoff qui anime avec talent cette si savante rubrique. Car oui, c’est par Lisbeth que le mystère de l’incendie de Notre-Dame s’est épaissi. Ce qui, vu le succès mondial ces jours-ci du roman de Victor Hugo, semble après tout logique…

Voici les faits. Vendredi 19 avril. Paris pleure toujours sa cathédrale blessée. Le correspondant du Temps à Paris sommeille un peu sur les décombres lorsqu’un courriel de Lausanne nous sort de la torpeur et des pompiers. Lisbeth vient de parler à l’un de ses itinérants chroniqueurs épris de l’Italie, l’ami Samuel Brussell. Et Samuel enrage. Pourquoi personne, en France, ne parle des révélations de la presse italienne sur le fameux rapport oublié du CNRS concernant la vulnérabilité de la charpente de Notre-Dame aux incendies? Echange. Téléphone. Vérification après lecture de Il Sole 24 Ore. L’hebdomadaire français Marianne a déjà repris l’info. Le reste apparaît aussitôt dans les colonnes du Temps, sur le web, puis le lendemain dans sa version papier…

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Une information peut être le résultat d’un hasard heureux. D’une lecture avisée. D’un ami bien informé. D’une consœur attentive. Voici l’histoire, simple, de la genèse de cet article qui, depuis, a fait tant couler d’encre. Mais il y a encore mieux. Car la question demeure: où est ce fameux rapport dont l’auteur, un chercheur italien, Paolo Vannucci, ne parle plus aux journalistes (tiens, pourquoi?)? Réponse mercredi dans la chronique Checknews de Libération: ledit document a bien été produit en 2016… puis classé «confidentiel défense». Même le quotidien français n’a pas pu parler à son auteur, ni à ses commanditaires du CNRS. Pas question de laisser apparaître les faiblesses de Notre-Dame en ces temps troublés. Il fallait officiellement protéger la vieille dame. On a vu le résultat…

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La morale de cette histoire est simple et nous impose, à nous tous, journalistes, l’humilité la plus extrême. Les bonnes informations ne sont pas toujours le résultat de souterraines investigations. Elles peuvent être là, disponibles, publiées par d’autres, vérifiables, relayables. Elles exigent du fair-play – toujours citer ses sources avec précision – et de la rapidité. Chaque mot compte lorsqu’il s’agit d’une affaire aussi médiatisée. On pourra ensuite, à l’envi, disserter sur le pourquoi du comment. Les cathédrales en France appartiennent à l’Etat que l’Eglise catholique accuse de négliger son patrimoine. C’est d’Italie, terre du Vatican, qu’est venue l’information sur ce rapport si alarmant. On le sait: les voies du Seigneur sont, souvent, «impénétrables»… Y compris sur la charpente de Notre-Dame.

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