Trop corrompu, ou trop dictatorial? A moins que ce ne soit les deux… Avec la guerre qui se prolonge, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, doit s’attendre à voir s’intensifier les critiques à son égard. Dans les premiers mois, l’ancien acteur a fait montre d’un exceptionnel sans-faute. Mais nombreux sont ceux à Moscou, à Kiev ou ailleurs, qui l’attendent au contour, et rêvent à voix haute de son effondrement.

Dans ce contexte, le limogeage attendu de deux figures centrales du pouvoir ukrainien – Kiev n’évoque pour l’instant que des «suspensions» – a de quoi retentir puissamment. Compagnon de toujours du président, Ivan Bakanov a été écarté de la tête des services de sécurité (SBU), tandis que la très médiatique Iryna Venediktova était déchue de son poste de procureure générale.

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Passé commun

Le début d’une dangereuse chasse aux sorcières fratricide? Bien plutôt le rappel que ces deux postes ont désormais une valeur proprement existentielle pour ce pays en guerre. Héritiers directs de l’époque soviétique, les services secrets ukrainiens sont une porte d’entrée privilégiée pour l’ancien KGB. Les anciens agents partageaient tout, il n’y a pas si longtemps, entre Kiev et Moscou. Même formation, mêmes méthodes, même vision du monde. La Russie serait bien déraisonnable de ne pas exploiter au maximum ce passé commun.

Nommé par (relatif) beau temps pour gérer ce monstre de 30 000 employés, Ivan Bakanov n’a de toute évidence pas réussi à en verrouiller la porte, laissant le champ libre à des «taupes» russes dont le travail de sape à l’avantage de la Russie aurait été décisif dès le début de l’invasion. Quant à Iryna Venediktova, son activisme a été jugé peu productif dans la lutte contre les «saboteurs» pro-russes mais aussi contre la corruption, endémique dans le pays. Or, les Ukrainiens réclament désormais des victoires rapides, voire expéditives, aussi bien sur le terrain militaire que dans le domaine de la justice.

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Pour Zelensky est venu le temps de répondre également aux Occidentaux, et particulièrement aux Etats-Unis dont l’Ukraine craint – à juste titre – qu’ils ne se fatiguent irrémédiablement de cette guerre. La lutte contre la corruption a été placée par les Européens comme une priorité absolue sur le chemin de l’intégration. Et Washington a, de son côté, donné la preuve qu’il arrivait à «lire» le conflit ukrainien comme dans un livre ouvert. Après tout, la CIA américaine s’est créée elle aussi au contact du KGB. Les agents doubles à Kiev ou à Moscou, elle en sait sans doute quelque chose…