Opinion

Volodymyr Zelensky, miroir d’un nouveau monde

OPINION. L’ascension météorique du nouveau président ukrainien prouve que le monde global régi par les réseaux sociaux ne connaît pas de frontières et impacte désormais l’espace post-soviétique qui semblait imperméable aux changements, écrit le professeur de géopolitique Alexandre Melnik

Un acteur de télévision, vierge de toute expérience et de tout programme politiques, remporte triomphalement la présidentielle en Ukraine, pays aux portes de l’Europe, presque aussi grand que la France, peuplé de 45 millions d’habitants.

D’abord, il faut y voir la contribution ukrainienne au «dégagisme» mondial: les peuples, en proie au ras-le-bol total, se rendent aux urnes pour balayer les élites, sans avoir le moindre projet d’avenir.

Ovni tombé du ciel, enfant du clic, Volodymyr Zelensky est un miroir de notre époque, où l’impensable devient banal, dans un accouplement incestueux entre fiction et réalité. En effet, si le XIIe siècle fut «le temps des cathédrales» (Notre-Dame de Paris), le nouveau millénaire serait celui des Ratatouille (rat devenu cuisinier dans un film d’animation). Au fond, nous sommes tous, actuellement, des Ratatouille, capables en principe d’aller au-delà de toutes les limites, datant d’une époque révolue. Même si nous ne le savons pas. Ou préférons ne pas le savoir.

Trois leçons ukrainiennes

Merci à l’Ukraine de nous le rappeler: dans le monde d’aujourd’hui tout est possible!

Sur le plan géopolitique, de ce scrutin ukrainien, il faut retenir trois confirmations, sources d’optimisme prudent:

1. L’indépendance de l’Ukraine, reconnue par la loi internationale, est désormais définitivement acquise, même si le curseur des négociations de Kiev avec Moscou serait mis plutôt sur la recherche de solutions pacifiques mutuellement acceptables, au détriment de l’affrontement militaire. Dans tous les cas, l’Ukraine ne reviendra plus dans le giron russe, ni fera partie d’une «union eurasienne» (une sorte d’URSS bis sans le communisme), chère à Vladimir Poutine il y a quelques années.

2. L’esprit du Maïdan (place centrale de la capitale de l’Ukraine, symbole de la révolution de rue qui a banni, en 2014, un régime corrompu et répressif) anime et animera, dans les années à venir, la quasi-totalité des acteurs du paysage politique ukrainien. Autrement dit, la démocratie s’est solidement installée en Ukraine.

3. Le cap ukrainien sur l’Europe dégage un consensus au sein de la société ukrainienne, et il sera maintenu par le nouveau président. C’est une bonne nouvelle pour l’UE, à un mois d’une élection cruciale. Sans doute, un nouveau souffle nécessaire pour la Renaissance de l’Europe pourrait-il venir de l’Est.

D’autres Zelensky vont surgir

L’ascension météorique du nouveau président ukrainien, novice en politique, prouve que le monde global, instantané, régi par les réseaux sociaux ne connaît pas de frontières et impacte désormais l’espace post-soviétique qui semblait immuable et imperméable aux changements. Il y a donc fort à parier que d’autres Zelensky vont surgir, à l’unisson des attentes des sociétés, qui sont aujourd’hui mieux connectées au XXIe siècle que les establishments d’apparatchiks, en voie d’extinction. Surgir sur les traces de l’ex-Empire soviétique. Et partout ailleurs.

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