Sondage 

Vos idées pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes

Il y a un mois, nous avons demandé à nos lectrices et lecteurs de partager leurs propositions pour l’égalité entre femmes et homme. Les réponses ont été nombreuses et concernent en premier lieu les problématiques liées au monde du travail et à l’éducation, mais aussi au rôle des médias. Tour d’horizon

Dans le cadre de la cause pour l’égalité hommes-femmes qu’il défend, Le Temps a voulu solliciter l’avis de ses lecteurs. Un appel à idées a ainsi été lancé sur notre site internet et sur les réseaux sociaux. Vous avez été près de 150 à apporter vos contributions, parfois très détaillées.

Retrouvez ici notre dossier complet consacré à l'égalité

Le congé parental, une mesure plébiscitée

Pour promouvoir l’égalité, une thématique domine largement: le rapport entre travail et vie de famille. Près d’un quart des réponses recommandent l’instauration d’une forme de congé paternité ou parental. Les modèles existent à l’étranger. Une lectrice appelle ainsi à s’inspirer des pays nordiques, à «étendre le congé parental à 15 mois à répartir entre les parents, chacun étant tenu de prendre au minimum 3 mois». D’autres vont plus loin en exigeant la création d’un «congé paternité obligatoire pour les hommes et de la même durée que celui d’une femme», pour couper «l’élan professionnel des pères de la même manière».

Aux Etats-Unis il existe des labels pour les entreprises qui ont une véritable politique familiale

En effet, relève un lecteur, «le bien-fondé du congé maternité est indiscutable, mais il a entraîné, en contrepartie, une opportunité pour les employeurs de justifier une différence salariale». De plus, ce congé paternité obligatoire «permettrait aux hommes de pratiquer le métier de parent à 100% et de développer ainsi plus d’empathie. Ce qui changerait la dynamique entre hommes et femmes au travail», ajoute une internaute. Une lectrice imagine un modèle flexible, où le congé serait «majoré s’il est partagé entre père et mère».

Ci-dessous, notre vidéo sur les droits des femmes au travail:

 

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«Aux Etats-Unis il existe des labels pour les entreprises qui ont une véritable politique familiale», explique Yasmina Bekhouche, qui a répondu au sondage. Elle propose la création d’un équivalent crédible en Suisse qui permettrait aux employeurs de se positionner et d’établir des standards. «Il ne faut pas que la gestion de la maternité reste à la discrétion des managers.» Elle pense notamment à «des entretiens en début de grossesse pour bien planifier la suite. Trop souvent, on observe une rupture de confiance. Il faudrait aussi pouvoir garder le contact durant le congé maternité, sans être intrusif.»

Ces interrogations animeront prochainement le débat public: une initiative prévoyant l’instauration d’un congé paternité de 20 jours, lancée par des syndicats et des associations, a abouti en été 2017. Jugée trop coûteuse par beaucoup, elle devrait être soumise au peuple l’an prochain ou en 2020 au plus tard. 

La transparence, condition impérative de l’égalité salariale

Dans l’entreprise, les salaires sont un moyen immédiat de mesurer les inégalités. «A travail égal, salaire égal.» Ce principe évident arrive en deuxième position des problématiques les plus évoquées. Pour y parvenir, vous réclamez avant tout davantage de transparence. En s’inspirant du modèle anglais, Chiara Valsangiacomo demande «la publication obligatoire des écarts de salaires entre femmes et hommes [qui] rend plus vulnérables les entreprises qui abusent de leurs employées et employés». Cette lectrice cite aussi la loi islandaise sur l’égalité des salaires, qui permet «aux femmes de porter plainte et faire entendre leurs droits sans la crainte de se faire licencier».

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Mais toutes les réponses ne doivent pas forcément venir de la loi. Nombreuses sont les propositions qui envisagent des dispositifs non contraignants, comme «un concours entre employeurs». Dans la même veine, Anne Tschanz Vakula imagine «une plateforme en ligne où les entreprises, sur une base volontaire, publieraient des informations qualitatives mais aussi quantitatives en termes d’égalité. Et auraient la possibilité de se donner des objectifs chiffrés.» Elles pourraient y faire figurer la proportion de femmes occupant des postes à responsabilités au sein du conseil d’administration, ou encore les salaires moyens et médians selon les sexes. Autant de critères qui, une fois analysés, permettraient de «créer une base de référence et de comparaison et donner envie à des directions très masculines d’atteindre la parité». Et si un journal comme Le Temps en rendait régulièrement compte, «cela leur conférerait une certaine validité». Les femmes seraient aussi «plus enclines à postuler et travailler pour des entreprises qui jouent le jeu de la transparence en figurant sur la plateforme».

On pourrait imaginer une plateforme en ligne où les entreprises, sur une base volontaire, publieraient des informations qualitatives mais aussi quantitatives en termes d’égalité

Plus provocante, Valérie Miéville veut «faire pression sur nos politiques en instaurant une grève des impôts. Chacun⋅e se sentant concerné⋅e retiendrait 7% (ou 15%, voire 20%, selon les chiffres qu’on retient de l’inégalité salariale) de ses impôts et les verserait sur un compte dédié [géré] par une association.»

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L’éducation, mère de toutes les batailles

«Une famille ça ne doit plus être un papa, une maman et des enfants mais une communauté où les rôles se réinventent en permanence en fonction des besoins de chacun, pas en fonction du genre», avance une participante au sondage. Outre le noyau familial, l’école est le premier lieu où se construit «la domination masculine». Pour Antoine Schalk, il faut que l’éducation publique soit «anti-sexiste» et remette cette domination en question. Il faudrait donc «organiser des ateliers pour que les enfants soient capables de repérer les propos et comportements sexistes et qu’ils en comprennent la portée», propose une lectrice, se faisant l’écho de plusieurs suggestions similaires. Des ateliers qui traiteraient «de toutes les inégalités (genre, provenance, spirituelle), conscientes et surtout inconscientes».

Vous fustigez aussi à plusieurs reprises le marketing «hyper-genré»: «les jouets ne devraient être ni pour fille ni pour garçon, mais juste des jouets pour enfants». «Dès la préscolarisation [il faudrait] permettre par le jeu à tous les sexes d’endosser tous les rôles sociaux et professionnels», ajoute un lecteur.

Labels, classements, concours, beaucoup de propositions évoquent une forme de mesure objective du respect du principe d’égalité. Lynn Mackenzie va dans le même sens: elle imagine «une certification obtenue en matière de prise de conscience des facteurs d’inégalité entre femmes et hommes (et par extension concernant les autres formes de discrimination)». Ce «permis de se conduire» serait délivré à l’école et obligatoire pour certaines professions. Son analogie avec la circulation routière n’est pas qu’un jeu de mots: «nous affectons les autres par notre manière de nous comporter, et les conséquences de certains biais peuvent être très graves – quand un policier rend une victime de viol responsable de son agression en raison de son habillement par exemple». Il s’agit de faire prendre conscience à chacune et chacun «d’un système biaisé dont nous sommes les héritiers» afin de nous permettre de contrer ses manquements. Cette certification permettrait aussi selon elle de «légitimer l’action positive de personnes courageuses qui se retrouvent souvent sans soutien».

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Le langage, petits efforts, grands effets

«Le Temps a un rôle à jouer!» affirme Sarah Augsburger. «Vous devriez utiliser le langage épicène dans tous vos articles. Ce n’est pas si contraignant, car utilisé avec les bonnes règles, l’habitude vient vite.» Partant du constat que les médias sont «une chambre de résonance de représentations socialement construites», de multiples réponses plaident pour que les journaux fassent «l’effort conscient de mentionner féminin et masculin. Ce n’est pas anodin. Si le masculin générique disparaît du discours, cela aura une influence», ajoute Sarah Augsburger.

Souvent, au moment des votations, les médias annoncent la proportion de femmes ou d’hommes à avoir soutenu un objet qui n’a aucun rapport avec le sexe des votants, relève Grégoire Gonin. «Il faut cesser d’essentialiser ainsi le genre sans raison.»

Les quotas, un mal pour un bien

Moyen d’action supplémentaire, une lectrice appelle à «renommer certaines rues et places du nom de femmes, afin d’accroître leur visibilité», de les «réintroduire dans l’espace public». L’instauration de quotas revient souvent dans vos réponses et divise. Pour certaines «ils sont indispensables, et pas seulement en politique, dans tous les domaines».

Les quotas, dans une idée de rattrapage dans le cas de l’égalité entre femmes et hommes, peuvent être bénéfiques pour désinvisibiliser les femmes, ou les hommes selon les domaines.

«Compliqués à mettre en place», «risquent de devenir un alibi» pour d’autres. «Ou s’arrête-t-on? A quelle minorité? On peut étendre les quotas à l’infini», s’interroge Grégoire Gonin, «mais dans une idée de rattrapage dans le cas de l’égalité entre femmes et hommes, ils peuvent à mon sens être bénéfiques pour désinvisibiliser les femmes, ou les hommes selon les domaines».

Sport, service civil et contraception

Imposition, travail à temps partiel, droit de garde des enfants, CV anonymes, traitement médiatique des compétitions sportives: les sujets abordés par les personnes ayant participé au sondage sont vastes. Parmi eux, le service militaire est une source d’inégalité souvent évoquée; pour y remédier les propositions divergent. Il faut «supprimer l’armée», réclament certaines et certains. Selon Léonard Miffon, «les femmes comme les hommes devraient être astreintes à une obligation de servir, mais sous une forme différente de celle de l’armée». Un service civil qui permettrait aux femmes «d’accéder à des stages formateurs et bien rémunérés», approuve une lectrice.

Clara Schwander, elle, s’insurge contre le fait que la contraception masculine ne fasse pas plus l’objet de recherches et ne soit pas sérieusement envisagée. Pour elle, «dans un couple, le choix de la contraception devrait pouvoir être offert aux deux. Il n’y a pas de raison que les femmes soient les seules à prendre des hormones pour quelque chose que les deux veulent éviter.»

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