Le mercredi 26 mai dernier, le Conseil fédéral annonçait qu’il abandonnait les discussions en cours depuis dix ans avec l’Union européenne (UE) concernant l’accord-cadre destiné à réguler les relations entre les deux entités. L’annonce a fait l’effet d’une bombe, tant les relations avec l’UE sont centrales dans la politique suisse. Les politiciens n’ont pas été les seuls à se sentir appelés à réagir. Nos lecteurs également ont pris la plume, ou plutôt leur clavier, pour faire connaître leur point de vue dans ce moment, que tout le monde pressent comme décisif, du destin national. Nous publions ci-dessous le florilège des commentaires postés sur notre site sous deux éditoriaux consacrés à cette question: L’échec de l’accord-cadre, c’est l’échec du Conseil fédéral et Avec l’Union européenne, des accords bilatéraux vides d’espoir et d’horizon.


Pas de votation

JEAN-MARIE G.

On reste très surpris en tant que Français, et donc Européen quelque part, de suivre ce feuilleton entre des structures censées être intelligentes, ouvertes et professionnelles. Deux choses étonnent particulièrement: dans un pays très démocratique et ouvert comme la Suisse, pourquoi n’y a-t-il pas eu de votation sur cet accord? Quant au dossier, semble-t-il sensible, de la protection des salaires, là encore aucune explication claire ne transparaît. Que je sache, l’Europe, dans ses salaires et ses couvertures sociales, est très loin d’être unifiée. Quel était donc ce risque pour la Suisse? Je n’en vois aucun pour ma part.


Années difficiles

JEAN-PIERRE S.

Il semblerait que beaucoup ne connaissent pas ou ne veulent pas se souvenir des années difficiles qui ont suivi le refus de l’EEE en 1992. Panne de croissance et débâcle de Swissair, par exemple. On s’est battu de longues années pour obtenir le statut exceptionnel des bilatérales en faisant miroiter une adhésion future. Ce costume sur mesure ne fera sans doute plus partie des intentions de l’UE. Que nous restera- t-il à espérer? Nous saurons sans aucun doute comme toujours nous adapter en pliant l’échine et en redoublant d’efforts, en étant fiers de savoir avancer malgré les boulets que nous aimons nous mettre aux pieds. Je discerne pas mal d’autosatisfaction, voire d’arrogance, dans cette posture, mais aussi un manque de confiance dans notre capacité à continuer à
être performants dans un nouvel espace à la destinée duquel nous pourrions plus activement contribuer. Plutôt que de se battre pour défendre des salaires comparativement parmi les plus élevés, ne devrait-on pas, par exemple, lutter efficacement contre notre fameux îlot de cherté?


Perte du niveau de vie

ÉRIC P.

Honnêtement, il n’est pas certain que ces accords tels qu’ils étaient engagés auraient vraiment profité au peuple suisse. Pour vivre depuis
de nombreuses années au sein d’un pays de l’EU (France) et beaucoup échanger avec des Italiens, des Portugais et même des Allemands, la perte de souveraineté et la baisse continuelle du niveau de vie depuis trente ans sont quand même assez impressionnantes. Qu’il faille des accords économiques entre la Suisse et l’UE, je le comprends, mais surtout pas au détriment de votre souveraineté. La Suisse reste un modèle de démocratie, ce que l’UE a depuis très longtemps perdu, percluse par les lobbys qui sont au service de l’oligarchie stato-financière.


Générations futures

ANATOLE G.

Espérons que les générations futures n’en paieront pas le prix. Que peut faire un pays comme le nôtre tout seul?


Croissance du PIB

LUC O.

Délaisser une souveraineté partagée pour l’inconnue économie, voilà le mauvais choix du Conseil fédéral! A ceux qui en doutent, il faut rappeler que les accords bilatéraux ont permis une croissance supérieure à celle de nos voisins et de sortir de la décennie de stagnation économique après le non à l’EEE. Ces années 1990 avaient vu une croissance du PIB suisse de moitié inférieure à celle de nos voisins. Nous nous dirigeons vers des années difficiles.


Catastrophe

STEFAN S.

Lâcheté et stupidité combinées, c’est dramatique. Au nom de qui une telle catastrophe a-t-elle été décidée, on se le demande, quand pour le coup notre démocratie directe trop souvent encensée n’est même pas utilisée pour consulter les citoyens!


Bureaucratie

FABIEN H.

Bonne décision. Je ne comprends pas cette obsession de s’accoler à un ensemble bureaucratique et dont plus de la moitié des habitants vivent sous la coupe de gouvernements en faillite.


«Diktat»

SWISS B.

Et si l’on arrêtait de fustiger uniquement le Conseil fédéral? Accord signifie manifestations de volonté concordantes et réciproques portant sur des points essentiels et non «diktat» d’une partie sur une autre avec menaces à la clé. L’UE a, en tout état de cause, sa part de responsabilité dans cet échec. A force d’humilier la Suisse, de la mettre sous pression et de la menacer, tout en restant intransigeante, elle a fait montre d’une arrogance inouïe et a dégoûté tout le monde de conclure un quelconque accord avec elle. C’est à mon sens aussi pour cette raison que le Conseil fédéral a finalement décidé de stopper les frais.


L’UE est une chimère

HENRY M.

En 1992, j’ai voté pour l’EEE. Je ferais le contraire aujourd’hui. L’UE est une chimère, qui parle de valeurs la bouche en cœur mais qui relègue la femme sur le strapontin lorsqu’elle est invitée chez un musulman. L’incapacité à commander correctement des vaccins, à décider de distribuer les aides aux pays dans le besoin, à accueillir ou refouler les réfugiés, bref: médiocrité à tous les étages et très prétentieuse. Nous devons trouver des alliés, mais pas ceux-ci.


Dans le rétroviseur

HENRI M.

La Suisse a perdu son leadership de la modernité politique qui a fait son succès ces cent dernières années. La vision plantée dans le rétroviseur. Ou alors: plus de vision
du tout!


Bravo la Suisse!

CHRISTIAN S.

Les chimères, l’utopie
que véhiculent l’Europe, au-delà du raisonnable, se terminent invariablement par des ajustements et réajustements. Et, au bout du compte, du bricolage pour tout le monde. La réalité reprend ses droits. Une configuration dans laquelle la Suisse a les outils pour se défendre.


Binationalité

FÉLIX B.

Manque de courage politique et une erreur historique que nos enfants vont payer très cher… Solution: la binationalité des individus. Quelle déception!


Soumission

YVES F.

Excellente décision du Conseil fédéral! Un bon contrat, c’est un contrat d’égal à égal, pas
un contrat de soumission tel qu’il nous l’était imposé. La reprise du droit automatique était un vrai scandale, honte à ceux qui acceptaient le principe de brader notre souveraineté. Ne parlons pas du tribunal d’arbitrage confié à l’UE, une insulte.


Une gouvernance en accord avec les buts définis

ERIC D.

Dans un divorce, il n’y a presque jamais un seul responsable. Par contre, dans une entreprise ou toute autre structure semblable, le management et le conseil d’administration assument les orientations, les décisions, les bons comme les mauvais résultats, bref sont tenus responsables de suivre une gouvernance en accord avec les buts et les objectifs préalablement définis. Pour ce faire, ces personnalités amènent des compétences en phase avec leur mission. Rien de tel dans la gouvernance suivie par nos exécutifs, fédéraux ou cantonaux. Le choix se fait uniquement en fonction de critères tels qu’appartenance politique ou origine géographique, par exemple. Et sans la moindre intention de dénigrer qui que ce soit, force est de constater que souvent les compétences intrinsèques de tel ou tel magistrat ne sont pas en phase avec le rôle qu’il va être tenu de jouer. D’ailleurs, en règle générale, le choix des responsabilités qu’il va assumer ne se fait pas en fonction de ses capacités et de son expérience, mais bien selon une règle ubuesque voulant qu’il soit nommé à la tête du département que ses collègues plus seniors n’auront pas voulu! Alors plutôt que de rechercher lequel de nos conseillers fédéraux ou laquelle de nos conseillères fédérales est responsable d’une situation dangereuse pour l’avenir de notre pays, peut-être faudrait-il s’interroger sur une amélioration sensible de notre gouvernance, permettant à ceux qui se dévouent pour assumer la conduite de notre pays d’avoir en main les compétences, outils et structures nécessaires pour ne pas replonger à la prochaine occasion dans un psychodrame dont l’issue pourrait être encore plus dangereuse. Car, en cas de conflit ouvert avec l’UE, rappelons qu’elle compte plus de 400 millions d’habitants, nous 8,5, et que dans la fable de la grenouille et du bœuf, c’est la grenouille qui explose!

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