Revue de presse

Le vote des Français de l’étranger laisse entrevoir un raz-de-marée macroniste aux législatives

Carton plein dans 10 des 11 circonscriptions! C’est une razzia, et une sanction amère pour beaucoup de sortants. La République semble véritablement «en marche», effarant la droite traditionnelle et les socialistes

On sait comment ça marche, selon l’éditorial de Libération, cette «mécanique implacable». Les candidats d’En marche! seront présents au second dans de nombreuses circonscriptions, lors du deuxième tour des législatives. Les Français de l’étranger viennent de le rappeler avec force, particulièrement en Suisse: ils auront «un avantage automatique. S’ils sont face à la gauche, la droite aura tendance à voter pour eux par refus du PS ou de La France insoumise, et vice-versa s’ils sont face à un concurrent de droite ou d’extrême droite.» Autrement dit: «Pile je gagne, face tu perds…»

En Suisse, Son-Forget en tête

«Razzia en vue», titre donc ARTE Journal. Car oui, La République en marche (LREM) et son allié le MoDem sortent largement en tête hors des frontières de l’Hexagone: «Les candidats du mouvement d’Emmanuel Macron sont arrivés premiers dans 10 des 11 circonscriptions des Français de l’étranger.» Mais attention, prévient Le Monde, «la participation est toutefois très faible, à 19,1%», dans ces 717 bureaux de vote. Cela «limite mécaniquement le nombre de candidats qualifiés pour le second tour et empêche ceux qui obtiennent plus de la moitié des suffrages d’être élus dès le premier tour», car il faut au moins 25% de participation pour élire un de ces 11 députés qui siégeront au sein de la future Assemblée nationale, de 577 parlementaires.

Le quotidien français donne le détail des résultats, circonscription par circonscription, et constate que le scrutin en Suisse et au Liechtenstein est précisément «victime» de ce taux de participation, puisque le candidat de LREM, Joachim Son-Forget, arrive largement en tête avec 63,55% des voix, mais sera «confronté au second tour à la députée sortante LR Claudine Schmid, qui récolte seulement 15,76% des voix». Ce qui fait conclure à un internaute commentant ainsi l’article: «Raz de marée des abstentions – clapotis pour La République en marche – mer Morte pour les autres», qui «échappent au pire, c’est-à-dire à l’élimination dès le premier tour», aux yeux du Journal du dimanche.

A ce propos: Le candidat pro-Macron loin devant chez les Français de Suisse

Plus de 50%, plus de 60% des voix…

Reste que pour Le Parisien, «c’est ce qu’on appelle un carton plein». France 24 juge aussi que c’est un plébiscite pour LREM que ce verdict des premiers appelés aux urnes, avec «des candidats à plus de 50% des voix, voire parfois plus de 60%, des sortants ayant pourtant une forte notoriété nettement distancés… C’est une vague […] qui s’est abattue sur les 11 circonscriptions des Français établis hors de France, samedi 3 et dimanche 4 juin. […] Des résultats qui confirment le carton d’Emmanuel Macron à l’étranger lors de la présidentielle (40% au premier tour, 93% au second).» Mais «ce n’est pas nouveau, on sait très bien que les exilés fiscaux, les européistes et les classes privilégiées (urbaines) votent Macron», ironise un lecteur du Soir de Bruxelles.

De fait, il n’y a que «dans la 8e circonscription (Chypre, Grèce, Israël, Italie, Malte, Saint-Marin, Saint-Siège, Turquie) qu’un candidat non étiqueté LREM pourrait l’emporter», poursuit France 24. Et «la démonstration de force» est saisissante dans la 3e (Europe du Nord), «où le candidat LREM, Alexandre Holroyd, a obtenu 57,8% des suffrages, mettant la députée socialiste sortante et ancienne secrétaire d’Etat au Numérique, Axelle Lemaire, K.O. debout (9,83%). Cette dernière n’a d’ailleurs pas caché sa déception, lundi, sur Twitter, en répondant à une internaute qui lui demandait les résultats»:

Mais qu’est-ce que ces premiers résultats – très partiels, on l’aura compris – laissent présager pour la suite? Libération, ce mardi, n’y va pas par quatre chemins, qui parle de «machine à gagner» à la une et relaie ces sondages prévoyant «une majorité sans partage à l’Assemblée pour Macron» au soir du 18 juin prochain:

Ainsi, «dans les consulats de France à l’étranger, […] les résultats spectaculaires confirment que la vague macroniste menace de tourner au raz-de-marée». Ils «confirment que tous les bastions, de gauche comme de droite, sont potentiellement menacés. C’est particulièrement vrai dans les zones urbanisées où le macronisme fait des ravages. Tous les élus socialistes de la capitale pourraient être battus.»

C’est ce que le directeur adjoint de l’institut de sondage Ifop, toujours dans Libé, appelle «l’effet de souffle présidentiel, […] nettement plus fort que ce qui a pu être observé dans le passé. […] Tout indique, selon lui, que les premiers pas politiques et diplomatiques du chef de l’Etat ont considérablement renforcé la dynamique en faveur des candidats LREM. Ces derniers l’ont bien compris: sur leurs affiches, ils ont tous collé leur portrait – souvent mal détouré avec Photoshop – à côté du jeune et souriant président de la République.»

En route vers la grande purge

Conséquence: «Effarés par le désastre qui vient, les responsables de LR et du PS ne savent plus comment conclure cette campagne calamiteuse» et «si le «tsunami» se confirme, c’est donc à une véritable purge de la représentation nationale que l’on devrait assister le 18 juin. Il faut remonter un siècle en arrière pour trouver quelque chose de comparable. Aux législatives de 1919, 369 députés étaient élus pour la première fois sous l’étiquette Bloc national. La plupart d’entre eux étant d’anciens combattants.»


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