la chronique

Le vote grec en sept leçons

Pourquoi tant de mansuétude de la part des médias après le raz-de-marée Syriza en Grèce? Marie-Hélène Miauton nous dessille les yeux

La chronique

Leçons du vote grec

La Grèce a voté dimanche et les résultats de ce scrutin sont bourrés d’enseignements, à commencer par les scores des partis en présence: alors que l’extrême gauche de Syriza obtient 36% des voix, les socialistes du Pasok n’en ont que 5% et la droite libérale 25%. Morale: les deux partis qui se sont partagé le pouvoir depuis 40 ans, responsables d’une politique démagogique fatale, sont désavoués au profit de voix nouvelles auxquelles le peuple accorde le bénéfice du doute puisqu’elles n’ont jamais gouverné. C’est le temps des expériences!

Le leader de Syriza, désormais nouveau premier ministre grec, Alexis Tsipras, est né en 1974. Il a 40 ans, tout comme son collègue italien Matteo Renzi, né en 1975. Morale: le temps des éléphants touche à sa fin et simultanément celui des soixante-huitards. C’est l’heure d’une nouvelle génération.

Il y a aussi matière à réflexion concernant l’étrange coalition gouvernementale passée par cette gauche radicale avec une petite formation située très à droite de la droite. Morale: les partis ne répugnent à aucun rapprochement s’il s’agit de tirer leur épingle du jeu et d’accéder au pouvoir. C’est le temps des alliances contre nature.

Sur quelle valeur commune cette entente gouvernementale a-t-elle pu se faire dès lors que les sensibilités politiques étaient opposées, sinon sur la souveraineté, le refus de la soumission, l’honneur national. Morale: même si les Grecs avaient toutes les raisons de s’être sentis humiliés par les décisions de l’UE, de nombreuses autres nations en sont au même point, telle l’Espagne et, qui sait, bientôt la France. C’est le temps du nationalisme.

Il faut savoir que le système grec accorde une forte prime au parti ayant obtenu le plus de voix: 50 sièges sur 300 lui sont attribués d’office, auxquels viennent s’ajouter ceux qu’il obtient par son score à la proportionnelle. Morale: si un tel système prévalait en France, le Front national de Marine Le Pen (associé à Mélenchon?) pourrait accéder au pouvoir. Il faut donc se garder de penser que seule la Grèce, aux marches orientales de l’UE, peut voir un parti extrémiste l’emporter. C’est le temps des ultras.

Quoique les médias aient traité avec beaucoup de mansuétude la victoire d’un parti d’extrême gauche (qu’auraient-ils titré si c’eût été l’extrême droite?), il s’agit bel et bien de communistes purs et durs, anticapitalistes et altermondialistes, conspuant l’UE et ses institutions, la BCE et le Pacte de stabilité, populistes en diable lorsqu’ils promettent à la Grèce des lendemains qui chantent. Un discours très proche de celui des droites nationales européennes. Morale: selon que les mêmes mots viennent d’une personnalité de droite ou de gauche, ils sont recevables ou non. C’est le temps des manipulations.

La coalition au pouvoir en Grèce a été élue alors que son site web affirmait vouloir déchirer les accords de sauvetage négociés avec les créanciers du pays et effacer sa dette. L’Allemagne l’appelle instamment à respecter les peuples européens qui se sont montrés solidaires depuis 2010. Morale: Tsipras entame un bras de fer avec l’UE, jouant sur sa hantise qu’un pays quitte la zone euro, entraînant derrière lui d’autres déçus. C’est l’heure de vérité pour la Grèce, mais tout autant pour l’euro et pour l’UE elle-même.

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