Réalisée sur la base des votes de la session d’hiver 2018 et d’automne 2019, la statistique des votes des parlementaires au Conseil national et au Conseil des Etats recèle moult informations. Elle illustre en effet le positionnement idéologique des élus, ce qui permet également de tracer l’évolution des partis à travers les années. Sans surprise, le classement commence à gauche par les Verts, suivis des socialistes, puis des Vert’libéraux. Ensuite viennent les partis du centre, PBD et PDC. Enfin, du côté droit, se trouvent le PLR puis l’UDC. Ce résultat a largement été commenté lors de la prétention des Verts à se faire élire au Conseil fédéral en décembre dernier, n’y revenons pas.

Relire l'enquête Sotomo d'octobre 2019Les Verts n’ont jamais été aussi à gauche

Glissements à gauche

En revanche, l’évolution des partis à travers le temps n’a guère été relevée alors qu’elle est pleine d’enseignements. En effet, sur une échelle allant de -10 (extrême gauche) à +10 (extrême droite), entre 2000 et maintenant, les Verts ont glissé de -8 à -9,9, le PS de -7,2 à -9,6 et les Vert’libéraux de -2 à -4,4. A gauche toute donc! Le PDC, lui, a gardé depuis vingt ans son score sur 0, représentant ainsi un pivot d’une remarquable stabilité au Conseil national. Le PLR, qui s’était infléchi vers la gauche jusqu’à atteindre +2 en 2015, a retrouvé depuis son score de +2,8, ce qui le place nettement plus près du PDC que de l’UDC, qui se situait à +8,2 en 2000 et plafonne désormais à +9,4. Ces chiffres montrent à l’évidence le gauchissement des votes de la gauche mais, également, la présence de deux partis à l’extrême gauche contre un seul à l’extrême droite, le PLR se montrant plutôt centriste.

Au Conseil des Etats, les élus sont moins ultras, avec deux représentants seulement se situant au-delà de -9 au PS et un seul au-delà de +9 à l’UDC. En revanche, les élus PDC à la Chambre haute diffèrent de leurs collègues du Conseil national: tous sans exception penchent vers la gauche, certains lourdement. Ce parti disposant de la plus forte représentation, le Sénat se situe désormais résolument à gauche, ce que l’arrivée de nouveaux élus verts ne fera que renforcer.

Le facteur F

Un autre facteur va sans doute gauchiser notre parlement: l’arrivée des femmes! En effet, l’analyse des votes montre un phénomène étonnant. Dans chaque parti, le représentant le plus à gauche est un représentant féminin: chez les Verts, Regula Rytz tient le haut de l’affiche et elle est même la plus extrémiste du parlement avec un score de -10, ex aequo avec sa collègue Irène Kälin! Au PS, huit femmes devancent le premier homme, avec des notes allant de -9,7 à -10. Au PDC, Marianne Streiff-Feller vire nettement à gauche avec -4,3 comme au PBD Rosmarie Quadranti avec -1,7. Au PLR, Christa Markwalder prend la première place avec +1,9 (contre une moyenne de +2,8 pour l’ensemble du parti), ex aequo avec un de ses collègues masculins. Même à l’UDC, c’est une femme, Roberta Pantani, qui pointe à +8,2 alors que la moyenne du parti est à +9,4. Etonnant, n’est-ce pas?

D’où peut bien venir cette différence? La première raison qui vient à l’esprit serait que la cause féministe venant de la gauche, les femmes lui en sont redevables. Une autre serait que les femmes sont plus intéressées par les problématiques sociétales faisant plus appel à émotion, qu’économiques et plutôt rationnelles. Mais cette hypothèse laisserait supposer que les genres ont des traits de caractère différents, ce qui contrevient à la thèse actuelle de la similitude.

Quoi qu’il en soit, même si l’on nous a seriné depuis longtemps que l’homme vient de Mars et la femme de Vénus, il s’avère plutôt qu’elle est à sa gauche, ce qui est d’ailleurs la règle de bienséance lorsqu’il lui donne le bras. Mais peut-être s’agit-il d’une très vieille histoire originelle, la Genèse n’ayant jamais vraiment précisé si Eve était issue d’une côte gauche ou droite d’Adam!


Les trois chroniques précédentes:

Chers transports publics (09.01.2020)

OK boomer! (26.01.2020)

Urgence climatique, désastre judiciaire (19.01.2020)