Il faudrait être convaincu. Etre violemment pour, être violemment contre, sous peine de ne pas être. La saison l’exige, un pistolet sur nos tempes qui perlent quand elles préfèrent le doute, ce vilain mot réfugié dans le maquis des idées. Le blanc parade, le noir aussi. Fini le gris. Tu es avec moi, ou tu es contre moi.

La guerre des mondes est pourtant une vieille histoire. Je suis né au XXe siècle. Un rideau de fer séparait le bien du mal. C’était clair comme de l’eau de roche. Les rouges contre les bleus, avec comme point commun le mépris des violets. Les violets d’hier n’ont jamais eu la cote. Ils avaient raison? Qu’est-ce que ça peut bien faire. La raison aussi est un vilain mot, puisqu’elle est fille du doute.

Au hasard…

Si vous en doutez (ce qui est déjà bien), plongez dans un des sujets qui défilent dans la rue. Au hasard, le climat et la planète en surchauffe. Lancez-vous dans la discussion, elle vous tend les bras sur les réseaux sociaux. Tôt ou tard, vous verrez apparaître une ligne de fracture. Une polarisation, diront les électriciens.

Autour du premier pôle, vous verrez s’agglomérer avec un empressement variable les tenants de la catastrophe imminente. Je crois ne pas faire offense au discours avec ce résumé: si nous ne faisons rien, maintenant et toutes affaires cessantes, nous allons mourir. Tentez alors de suggérer que si le constat est juste, le calendrier pourrait poser problème, lesdites affaires comprenant, entre autres trivialités, l’humanité multiple et imparfaite et sa vilaine habitude à ne pas être toujours d’accord avec elle-même. C’est-à-dire précisément le monde qu’il s’agit de sauver. Vous serez renvoyé fissa vers l’autre pôle.

Ah, ces végétariens de gauche…

Là, vous trouverez les climatosceptiques, autoproclamés climatoréalistes. Qui vous expliqueront, fâchés mais fiers d’être les seuls à l’avoir compris, que la science nous ment. Que l’effet de serre et ses causes anthropiques sont des légendes de végétariens de gauche. Qu’il suffit de lire les bons livres pour le comprendre comme eux. Et qu’on a encore le droit d’avoir une opinion, non? Essayez de leur répondre qu’il y a aussi des livres convaincus que la Terre est plate, et même des congrès internationaux pour l’affirmer. Ils vous diront que ça n’a rien à voir et que c’est bien un argument de journaliste, ça. Avant de vous renvoyer sans sommation vers le premier pôle, rejoindre vos copains grévistes.

Ainsi ballotté, vous tenterez d’enrayer la machine. Vous proposerez Jonathan Franzen à Greta Thunberg, vous chanterez les louanges de la réflexion, et vous vous épuiserez.

Vous en doutez? Vous avez raison. Vos contempteurs sont ceux qui ne doutent de rien et ceux qui veulent douter de tout.


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Libre arbitre (de chaise)