Opinions

Le vrai débat commence. Par Joëlle Kuntz

Il y a trois universités en Suisse romande (sans compter Fribourg) pour un bassin de population de 1,4 million de personnes. Il y a trois universités en Suisse alémanique, pour plus de 4,5 millions de personnes. A l'échelle suisse, la crainte de certains Romands de voir pousser des «monstres» en cas de rapprochement de leurs universités n'est donc pas très raisonnable. Il est temps de regarder les choses en face: le maintien de structures universitaires trop petites est devenu mortel pour la recherche, pour le développement intellectuel et économique de la partie francophone de la Suisse.

Trois hommes, le recteur de l'Université de Lausanne, celui de l'Université de Genève et le président de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, ont réuni leurs efforts à quelques mois de leur départ à la retraite pour installer plus solidement les études et la recherche scientifiques romandes sur la scène suisse et surtout sur la scène internationale. Le projet qu'ils ont présenté hier à la presse est de grande envergure. (Lire p. 2 et 3) Il établit clairement la priorité: organiser les compétences remarquables mais dispersées qui existent actuellement en Suisse romande dans des matières telles que les sciences de la vie en un pôle d'excellence capable d'attirer non seulement les chercheurs et les capitaux mais aussi les entreprises et l'emploi. Donner à ce centre romand des moyens et de l'élan pour qu'avec les compétences présentes autour de Zurich la Suisse puisse exister fortement dans ce domaine décisif du siècle prochain.

Pour obtenir les 50 millions de la Confédération que le projet nécessite, Eric Junod, Bernard Fulpius et Jean-Claude Badoux réorganisent complètement la géographie des divers enseignements scientifiques, suppriment les doublons, renforcent ce qui est fort, regroupent ce qui est faible. C'est une expédition, ordonnée avec courage par des patrons d'établissements qu'une carrière bien pleine a parfaitement renseignés sur les besoins de demain.

Ceux que le sort de l'espace romand préoccupe ne pourront que la saluer et la soutenir. Défendre à Berne l'allocation supplémentaire de 50 millions de francs pour les universités et la recherche romandes, dans un budget annuel national du secteur de quelque 4 milliards de francs, ne sera pas si simple. Les universités alémaniques ont elles aussi des gourmandises budgétaires et de nombreux partisans sur les bancs du National. Mais il faudra répéter que même dans les domaines pointus et spécialisés, la Suisse ne se défendra jamais mieux qu'en développant et en exploitant ses diversités culturelles.

Le débat est maintenant à deux échelons: Le premier entre les divers établissements romands, professeurs et étudiants, qui vont devoir discuter dans le détail du partage de leurs chaires et spécialités scientifiques. Il leur incombera de mettre fin du mieux qu'ils l'entendent aux monopoles cantonaux d'un autre âge, dont les cantons n'ont plus les moyens. Et le deuxième entre les établissements romands et alémaniques pour la répartition des ressources fédérales. C'est à la Confédération qu'il incombera de veiller à l'équilibre des efforts et des sacrifices. Les autorités en charge du dossier universitaire en sont d'ailleurs parfaitement conscientes, elles nous l'ont dit.

Contrairement aux précédentes tentatives de restructuration universitaire, axées sur l'esprit d'économie et d'austérité, celle-ci se donne pour but le développement et l'ambition. Il s'agit de s'agrandir, de se dépasser. C'est beaucoup plus riant.

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