Sous mon sein, la grenade

Et si le vrai luxe, c’était la déconnexion?

OPINION. Notre chroniqueuse est de retour, sur le thème de la chanteuse Clara Luciani. Mais elle est partie des réseaux sociaux: opération de détox estivale

J’ai profité de mes vacances pour me faire une summer detox. Pas de cure de jus de pastèque – j’ai donné l’été dernier dans les apéros non alcoolisés – ni de plan veggie – très peu pour moi. Non, je me suis sevrée des réseaux sociaux.

Plus de compte Facebook, ni d’Instagram, plus d’appli Twitter non plus sur mon téléphone. Le désert de likes, la solitude numérique, le grand vide d’amis virtuels. Le premier soir, je ne savais tellement pas quoi faire de mon smartphone que j’ai surfé sur… Google Maps. Je n’avais jamais réalisé que les Landes s’étendaient sur un pareil front de mer! Mais l’addiction s’est très vite estompée car dès le lendemain, j’oubliais ce bout de plastique au fond de mon sac, pour ne plus m’en servir qu’à de rares occasions durant l’été. Première semaine: moins quinze heures de connexion, me signale Apple. La claque!

Vers l’éloignement définitif

Je n’ai pas vu les photos de vacances de mes amies, ni été sortie de mes vacances par des tweets intempestifs et autres buzz médiatiques, et suis donc presque passée à côté des propos de Claude Béglé. Mais le fait est que la déconnexion m’a tellement plu qu’à l’heure du bilan, j’ai décidé de ne pas m’y remettre. Et ma summer detox prend la tournure d’un éloignement définitif.

On apprenait cette semaine que les 16-25 ans passent en moyenne quatre heures par jour en ligne. Contre deux heures et demie pour les personnes âgées de 40 à 55 ans. La moitié des jeunes participant à cette enquête suisse se posent des questions vis-à-vis de leur pratique online, et se fixent des règles avec la trouille de tomber dans l’addiction.

La mode de s’en aller

Je n’invente rien, ça commence à devenir une mode de s’en aller, j’ai seulement eu le courage de ceux qui sentent la fin. Ça demande du cran de s’exclure ainsi d’une communauté, cette fameuse «Fear of Missing Out» (FoMO) ou «peur de manquer quelque chose», sur laquelle on a pas mal théorisé.

Mais depuis cet été, je me sens plus entière et libre, intraçable ou presque. Je me fais mon propre avis de l’actu, et me pose davantage de questions, loin de la pensée normative des réseaux qui m’a parfois étouffée. Celle qui entend écraser tout autre point de vue que le sien. Ces conversations bien-pensantes jusqu’à l’écœurement, incapables d’admettre la différence et qui peuvent finir par vous infecter, juste pour ne plus vous faire insulter par les tenants de l’idée dominante. Et c’est un réflexe professionnel, qui me permet aussi de rester humaine, je crois: je déteste la pensée dominante.


A nos internautes

Cette chronique d’Aïna Skjellaug sera désormais publiée sur LeTemps.ch chaque milieu de semaine en alternance avec celle de Virginie Nussbaum, «La vie à 25 ans».

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