Chronique masquée

Le vrai maillon faible n’est pas Barthassat, mais le Conseil d’Etat

Dans un gouvernement genevois désuni, le rural mais populaire élu PDC est devenu l’homme à abattre. Cette cabale sert aussi à cacher le maigre bilan de l’exécutif

Comme dans le canton de Vaud, le Conseil d’Etat genevois se représente en bloc ou presque pour les prochaines élections. Six magistrats sur sept sont candidats à leur propre succession, le seul président, François Longchamp, quittant ses fonctions. La règle de la «prime au sortant» pourrait permettre de retrouver, au printemps prochain, quasiment la même équipe que lors de ces quatre dernières années.

Scénario possible, mais pas souhaitable pour autant. Car si dans le canton de Vaud, l’équipe du château Saint-Maire était unie et pouvait s’appuyer sur un vrai bilan, le constat est bien différent de l’autre côté de la Versoix.

Maigre bilan

Depuis le début de la législature, l’osmose n’a jamais pris entre les sept membres de l’exécutif genevois. Sans le brio du président Longchamp, qui a pu couvrir les tensions au sein du collège en donnant l’illusion d’une saine collaboration, les conflits entre les différents magistrats seraient rapidement apparus au grand jour. Le bilan du Conseil d’Etat est maigre, les grandes réformes absentes. Certes, chacun de ses membres peut se targuer d’avoir atteint au moins l’un de ses objectifs personnels. Mais d’un point de vue collectif, rares sont les projets qui ont abouti et obtenu une majorité non contestée par référendum.

Chacun cherche parmi ses collègues celui sur lequel on pourra tirer, pour mieux se protéger

En partie, cette absence de résultats peut être attribuée au Grand Conseil, de par sa composition en trois blocs (droite, gauche, populistes). Mais c’est bien le manque d’unité au sein du Conseil d’Etat, l’absence de vision commune et claire, et enfin une certaine naïveté dans sa conduite des dossiers politiques qui sont à l’origine du mal genevois. L’épisode du budget 2016 ou encore l’impossibilité de faire passer devant le peuple une modeste hausse des tarifs TPG en sont la démonstration.

L’homme à abattre

A la veille des élections, les six magistrats en course pour leur réélection ne font pas équipe, comme cela a pu être le cas dans le canton de Vaud. Au contraire: sachant que les places seront chères, il faut chercher parmi ses collègues le «maillon faible», celui sur lequel on pourra tirer pour mieux se protéger.

L’«affaire» Barthassat révélée il y a quelques jours n’est que l’illustration de cette absence d’unité, de ce défaut d’esprit d’équipe qui règne au sein de l’exécutif cantonal. Luc Barthassat devient une cible, LA cible. Ses ratés sur les TPG ou la traversée du lac, son franc-parler ou son activité sur Facebook, ces «petites affaires» qu’on lui colle aux pieds (avance sur salaire, abus d’autorité) font de lui le «maillon faible» du gouvernement.

Maillon faible, il l’est en réalité depuis le début de la législature. Elu en privant le PLR de son 3e siège, trop paysan pour les uns, trop populaire pour les autres, Barthassat n’a jamais su ou pu convaincre ses collègues. Dans la course qui est ouverte, il devient logiquement l’homme à abattre, à gauche comme à droite, voire au sein de son propre parti, le PDC, qui ne s’est pas encore prononcé sur le choix de ses candidats.

A bien y réfléchir, l’«affaire» Barthassat n’est que l’arbre qui cache la forêt. En cette fin de législature, chaque conseiller d’Etat-candidat doit dresser le bilan de son action, indiquer les lignes de son programme et se démarquer de ses collègues, à défaut de pouvoir s’appuyer sur une entente «à la vaudoise».

Dans cet exercice, on sera surpris de constater que le «maillon faible» n’est pas celui que l’on veut nous faire croire. Le maillon faible est en fait le collège dans son ensemble, dans sa composition de personnalités trop antinomiques pour créer une véritable dynamique collective, une vraie équipe.

Définitivement, il faut souhaiter que les élections à venir permettent un profond changement. Pour avoir un Conseil d’Etat qui fonctionne et soit à la hauteur des enjeux à venir.

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