Les élections de mi-mandat constituent rarement un moment déterminant dans l'histoire politique américaine. Les résultats du scrutin de mardi, malgré les inévitables déclarations triomphalistes des démocrates, ne sont pas une exception. Bien sûr, le changement semble impressionnant. La Chambre des représentants - avec une majorité d'au moins 15 sièges - sera clairement sous contrôle démocrate. Le sort du Sénat pourrait demeurer indécis un certain temps, mais il est probable que les démocrates obtiendront finalement une courte majorité.

La grande question, de ce côté-ci de l'Atlantique, est de savoir si le basculement de pouvoir aura un impact majeur sur la politique nationale américaine, et surtout sur la politique étrangère. Pour répondre simplement: pas vraiment. Particulièrement en ce qui concerne la politique étrangère. Il est par exemple peu vraisemblable que l'administration Bush considère les résultats de ces élections comme un référendum sur la politique américaine en Irak, ou que les démocrates insistent sur la question. Après tout, les poids lourds du parti (notamment les futurs candidats à la présidence) ont soutenu l'effort de guerre. Quant aux autres, ils ne verront qu'un maigre bénéfice politique à récolter d'une attitude critique sur des thèmes de sécurité nationale. Avec un Congrès démocrate, l'administration Bush aura peut-être plus de difficultés à obtenir tous les fonds nécessaires à la poursuite de la guerre en Irak, mais elle n'aura sans doute pas à faire face à une forte pression en faveur d'un retrait.

Ces élections ne changeront probablement pas non plus la politique de l'administration Bush vis-à-vis de l'Iran. En tout état de cause, des démocrates aussi éminents qu'Hillary Clinton ont tenu des propos encore plus tapageurs sur leur volonté d'affronter l'Iran et sont maintenant empêtrés dans leur rhétorique de campagne.

En matière de politique nationale, on peut s'attendre à davantage de changements. Les démocrates vont se trouver à la tête de nombreux comités importants. Avec la première femme présidente de la Chambre des représentants - Nancy Pelosi, de l'Etat de Californie - comme figure de proue des démocrates, le parti pourra faire davantage que bloquer le programme de politique intérieure de l'administration Bush. Il sera en mesure de faire aboutir quelques réformes dans l'éducation et la santé publique. L'augmentation du salaire minimum est aussi envisageable.

Néanmoins, la politique intérieure ne connaîtra que peu de modifications durant les deux prochaines années. Lorsque l'exécutif et le législatif sont contrôlés par des partis différents, c'est souvent l'impasse. Le véritable changement - qui a des chances de perdurer - réside dans le ton du débat politique aux Etats-Unis.

Tout d'abord, certains sujets ont clairement disparu du devant de la scène: le mariage gay et le droit à l'avortement ne semblent plus susciter les passions des foules. Et surtout, tout le monde a les yeux fixés sur la prochaine grosse échéance: l'élection présidentielle de 2008. Aucun des deux partis n'a vu une figure indiscutable émerger de ce scrutin. Hillary Clinton a écrasé son rival, mais c'était attendu. En fait, c'était essentiel pour que sa campagne pour la présidence soit prise au sérieux. Mais il n'y a pas eu de Barak Obama en 2006; pas de nouvelle «rock star» de la politique américaine. La seule véritable consolation pour les démocrates, c'est que les républicains ne disposaient pas non plus d'une forte personnalité de ce genre.

Ces élections n'accouchent donc pas d'une grande révolution. Elles montrent à l'évidence l'étendue de l'impopularité de George Bush et de la guerre en Irak dans l'opinion américaine. Mais cette fois-ci, contrairement à 1994 lorsque les républicains ont largement vaincu les démocrates pendant la présidence de Bill Clinton, il n'y aucun grand changement à l'horizon. Pour cela, il faudra attendre la présidentielle de 2008.

Traduction: Pilar Salgado

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