ma semaine suisse

Vroum, vroum!

La popularité de la voiture reste entière. Les nouvelles immatriculations augmentent de plus belle. Simultanément, un nouvel état d’esprit se cristallise pour intégrer plus harmonieusement les voitures dans le tissu urbain. Par exemple en réduisant la vitesse autorisée, y compris sur les grandes artères, et pourquoi pas seulement la nuit

Ma semaine suisse

La décennie écoulée, on a pu croire que la popularité de la voiture s’essoufflait. On se trompait. Avec tous ceux qui ont trop vite pronostiqué le déclin de la bagnole, le moment est venu de ravaler son chapeau.

La petite musique du «développement durable» et de la «mobilité douce» qui a insidieusement culpabilisé l’automobiliste – sauf celui prêt à payer le prix fort pour les derniers modèles hybrides ou électriques – a bien eu quelques effets. Les nouvelles immatriculations ont stagné durant ces années à la tonalité anti-auto. Aujourd’hui il faut déchanter. Les heures perdues dans les embouteillages, les mesures dissuadant le trafic dans les centres-villes, le renchérissement des taxes appliquées aux moteurs les plus polluants, la priorité donnée aux investissements dans le rail, les bus, le tram ou le métro dont l’offre et la fréquentation n’ont jamais été aussi élevées, le succès d’estime de Mobility, l’irruption bienvenue du vélo électrique: rien de tout cela n’a entamé l’attrait de la voiture.

Aussi accablant que cela puisse paraître, la croissance du parc automobile suisse a repris de plus belle. Les exercices 2011 et 2012 ont établi de nouveaux records. L’an dernier, vient d’annoncer l’Office fédéral de la statistique, les nouvelles immatriculations de voitures de tourisme ont progressé de 2,2%. Le double de l’augmentation annuelle de la population (1,1%). Désormais, 4,3 millions de voitures privées sont en circulation pour 3,5 millions de ménages. Après les Etats-Unis, la Suisse caracole toujours en tête des pays les plus motorisés du monde.

Simultanément, un nouveau climat s’installe dans les villes où vivent, grosso modo, trois habitants sur quatre. La voiture n’est plus cette reine intouchable; des mesures inimaginables hier deviennent praticables. Comme le 30 km/h sur de grandes artères très fréquentées.

Le Tribunal fédéral vient de donner rai­son à la commune grisonne de Sum­vitg, qui voulait réduire la vitesse à 30 kmh sur la route principale traversant la localité. Le canton l’en empêchait. La vitesse effective du trafic était considérée comme trop élevée pour qu’il soit jugé crédible de vouloir changer les habitudes. La directive cantonale justifiant le statu quo a été déclarée inappropriée, et rejetée. La sécurité des autres usagers de la route – les pié­tons, les cyclistes – prime sur toute autre considération.

Un précédent arrêt du Tribunal fédéral, en 2010, avait approuvé la mise en place de zones 30 km/h sur un axe de transit important, à Münsingen (BE), non seulement pour garantir une sécurité accrue mais aussi pour ménager la qualité de vie des riverains.

Jusqu’à ces deux arrêts, l’idée de réduire la vitesse à 30 km/h sur un axe principal était taboue. Le lobby pro-voiture voulait bien se rallier à la modération de la vitesse dans les ruelles résidentielles, mais en aucun cas sur une artère principale ou un axe de transit. C’est cette philosophie qui vacille.

La Ville de Köniz, aux portes de Berne, prouve qu’une intégration plus harmonieuse de la voiture en ville est possible. Elle a freiné le trafic par une réduction de la vitesse à 30 km/h sur un axe de transit emprunté par 20 000 véhicules par jour. La colère initiale des automobilistes s’est tue. L’expérience pionnière, lancée en 2004, est aujourd’hui unanimement saluée. Même les accros du volant sourient: moins rapide, le trafic a gagné en fluidité; les ralentissements redoutés, les pertes de temps fantasmées n’ont pas eu lieu; les accidents ont diminué; les habitants respirent. Exemplaire.

La Ville de Zurich, nous apprend le Tages-Anzeiger , franchit ces jours une étape supplémentaire. Elle a choisi le Kreis 2 pour tester le 30 km/h sur les grandes artères comme mesure de réduction du bruit. L’expérience doit contribuer à atteindre l’objectif assigné à toutes les communes: respecter d’ici à 2018 les normes fixées dans l’ordonnance fédérale contre le bruit.

Le trafic motorisé est la source première de la pollution sonore en zone urbaine. Selon l’Office fédéral de l’environnement, 1,3 million de personnes en Suisse sont exposées la journée à un bruit supérieur à ce que la loi autorise. 930 000 personnes le sont la nuit. Mesure très coûteuse, la pose de fenêtres à vitrage isolant ne suffit plus. Des experts préconisent désormais la réduction du bruit à la source. Un progrès est atteint quand les voitures roulent moins vite. C’est simple et peu onéreux.

L’expérience zurichoise sera très suivie. A Lausanne, une motion initiée par Anne-Françoise Decollogny invite la Ville à se montrer offensive. Le texte réclame notamment d’abaisser immédiatement à 30 km/h durant la nuit la vitesse autorisée sur les artères de la «petite ceinture» autour du centre-ville. Le régime alterné, 50 km/h le jour et 30 km/h la nuit, est en vigueur sur les grands axes des villes allemandes depuis plusieurs années avec de bons résultats. La réponse de l’exécutif est attendue ces prochaines semaines.

Parions que cette nouvelle sensibilité fera lentement son chemin en Suisse, exactement comme les zones piétonnes ont fini par convaincre jusqu’à leurs plus féroces contempteurs. In fine , les habitants des centres-villes votent pour leur bien-être.

Une nouvelle sensibilité s’exprime dans les villes pour réclamer moins de bruit et plus de sécurité. Le 30 km/h sur les grandes artères, la nuit,n’est plus tabou

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