Et si c'était possible? Et si la gauche israélienne, contredisant tous les sondages, battait la droite aux élections anticipées du 28 janvier? Ce n'est pas le plus probable aujourd'hui mais, outre que trois mois c'est long, les travaillistes devraient se choisir, dans dix jours, un nouveau champion, Amram Mitzna, qui pourrait bien changer la donne.

Belle carrure, barbe et lunettes d'intellectuel, le général Mitzna est un héros de toutes les guerres israéliennes. Maire de Haïfa, de la seule ville du pays ou Arabes et Juifs coexistent harmonieusement, il a été commandant en chef de la Cisjordanie du temps de la première Intifada. Comme Yitzhak Rabin, il est à la fois soldat et homme de dialogue, l'incarnation même de ce soldat-citoyen qui a fait la force d'Israël. Réservé, sans grand charisme mais parlant vrai, il est assez entier pour redonner du crédit à la paix alors que l'atout de la droite est que les Israéliens ne voient plus comment arrêter la guerre.

«Il est stupide, dit-il, de refuser de négocier tant que durera le terrorisme car cela revient à laisser les terroristes fixer l'agenda politique.» «Il faut, ajoute-t-il, rouvrir les négociations sans condition et quels que soient les représentants que les Palestiniens désigneront car, désormais, les Israéliens ont compris qu'il n'y aurait pas de sécurité sans paix et les Palestiniens que la violence ne ferait pas céder Israël.»

«Nous devons, dit-il encore, reprendre les pourparlers au point atteint en janvier 2001» – sur la base, autrement dit, d'un partage de Jérusalem et de la création d'un Etat palestinien sur l'ensemble des territoires occupés. Et si les négociations n'aboutissaient pas? Et si l'accord n'était pas plus possible aujourd'hui qu'il y a deux ans? On verra, répond-il, expliquant qu'il faut, en tout état de cause, commencer par dresser une barrière de sécurité entre Israël et la future Palestine non seulement pour empêcher les attentats mais aussi pour tracer les frontières entre les deux Etats, pour en faire, dès à présent, une réalité.

Sur ce point, il est rejoint par Haïm Ramon, l'un des deux autres candidats à l'investiture travailliste, ancien syndicaliste et homme d'appareil, avec lequel il pourrait faire tandem. A eux deux, ils battraient à coup sûr, le troisième des candidats Benyamin Ben Eliezer, ministre de la Défense dans la coalition sortante à laquelle il a mis un terme car les militants travaillistes ne voulaient plus de cette alliance contre nature. La gauche israélienne se réveille.

Si Amram Mitzna sait lui redonner une voix, elle pourrait devenir d'autant plus menaçante pour la droite que deux ennemis irréductibles se disputent l'investiture du Likoud. D'un côté, Ariel Sharon; de l'autre, Benyamin Netanyahou. Le premier a échoué sur toute la ligne puisque les attentats n'ont jamais été aussi nombreux et les difficultés économiques aussi grandes que sous son gouvernement.

Sa force était de ne plus avoir d'opposition, d'être seul en scène, mais son bilan sera maintenant attaqué non seulement à gauche mais aussi à droite puisque son rival, ancien premier ministre et nouveau ministre des Affaires étrangères du gouvernement de transition, ne cesse de le dénoncer comme trop mou. Soutenu par l'appareil du Likoud et les partis d'extrême droite, Benyamin Netanyahou réclame, lui, l'expulsion de Yasser Arafat et le démantèlement de l'Autorité palestinienne. Contrairement à Ariel Sharon, il refuse d'accepter le plan de paix des Américains car George Bush a le tort, à ses yeux, de prôner la création d'un Etat palestinien. Cela peut plaire aux militants de droite. Cela peut, aussi, inquiéter l'électorat qui votera pour la paix sitôt qu'elle lui semblera jouable.

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