Les Américains viennent de faire un pas de plus vers l'Europe. En déclarant, hier, qu'ils approuveraient une intégration de l'Iran à l'économie mondiale si les Européens obtenaient qu'il rompe avec ses ambitions nucléaires, les Etats-Unis ont fait le second des gestes demandés par l'Union pour sceller les retrouvailles transatlantiques.

L'Union les pressait, d'abord, de se réengager dans le processus de paix israélo-palestinien en déclarant, avec elle, que l'évacuation de Gaza devait être un prélude à l'évacuation de l'ensemble des Territoires occupés.

Ce sera le «test» des possibilités de rapprochement, avaient déclaré les Français. Tony Blair avait mis tout son poids dans la balance et c'est maintenant chose faite. Quand George Bush parle du futur Etat palestinien, il précise désormais qu'il ne doit pas être «fractionné». L'expression de «continuité territoriale» est entrée dans le vocabulaire américain mais restait la question iranienne.

La différence d'approche était, là, totale entre les trois grandes capitales européennes, Londres, Paris et Berlin, qui promettent à l'Iran une intégration à l'Organisation mondiale du commerce s'il renonce à se doter de la bombe et Washington qui considérait, à l'inverse, qu'il n'y avait pas à «récompenser» le régime des mollahs pour qu'il se conforme à ses engagements internationaux.

Longtemps vif, ce différend s'était légèrement amoindri depuis début février. La Maison-Blanche était imperceptiblement passée d'une critique des efforts européens à un scepticisme ironique mais, jusqu'à il y a trois semaines encore, George Bush se refusait à faciliter la tâche de Tony Blair, Jacques Chirac et Gerhard Schröder.

Ensemble, séparément, par tous les canaux et sur tous les tons possibles, les Européens se montraient de plus en plus pressants. Ils faisaient valoir que, si les Iraniens ne pouvaient attendre aucun geste des Etats-Unis, ils avaient peu de raisons de s'entendre avec l'Union qui ne pouvait tenir, à elle seule, les promesses qu'elle faisait miroiter aux mollahs.

Le discours d'investiture de George Bush avait même pu donner l'impression que les Etats-Unis s'apprêtaient à faire parler les armes contre l'Iran puis, un glissement sémantique après l'autre, George Bush a rendu de plus en plus théorique la possibilité d'une action militaire contre Téhéran.

La Maison-Blanche s'est montrée de plus en plus attentive aux arguments européens et Condoleezza Rice a, maintenant, fini par indiquer que, oui, les Américains tiendraient les promesses de l'Europe si les négociations avec l'Iran aboutissaient mais que l'Europe, pour sa part, se rallierait à des sanctions si Téhéran ne transigeait pas.

La première raison de cette évolution est que les menaces militaires américaines n'avaient guère de crédibilité dans la mesure où les Etats-Unis ne sont pas en état d'envahir l'Iran et que l'enterrement des installations iraniennes rendrait des bombardements très aléatoires.

La seconde est que l'unité des Européens était absolument totale sur ce dossier et que même Londres n'aurait pas soutenu une nouvelle aventure militaire.

Non seulement les Etats-Unis n'avaient pas les moyens de leur intransigeance mais ils risquaient, en s'y tenant, de précipiter un rapprochement entre la Grande-Bretagne et la FrancAllemagne. Dans ces retrouvailles transatlantiques, ce sont les Américains qui font les plus grands pas.

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