Triste Proche-Orient. Tandis que la Raison progresse sur un front, l'autre s'embrase. Tandis que le Hamas ouvre un débat interne sur son ralliement à l'un ou l'autre des cadres de négociations avec Israël, initiative de paix arabe, programme de l'OLP ou résolutions de l'ONU, la crise iranienne devient, elle, incontrôlable.

Hier inconcevable, une opération contre les sites nucléaires de l'Iran devient plausible car la multiplication des provocations verbales de Mahmoud Ahmadinejad est en train de donner la main aux partisans de la manière forte en inquiétant à la fois les gouvernements arabes et les opinions occidentales.

Le président iranien voudrait que les Etats-Unis interviennent contre son pays qu'il ne s'y prendrait pas autrement mais le pire est qu'il fait simplement une erreur de calcul.

Quand il martèle que l'Iran continuera ses opérations d'enrichissement, qualifie les institutions internationales de «pantins aux mains de quelques puissances», menace de se retirer du Traité de non-prolifération nucléaire, tourne en ridicule l'idée de sanctions économiques, affirme que «le régime imposteur d'Israël ne pourra pas survivre» et tue dans l'œuf les discussions que Washington et Téhéran devaient ouvrir sur l'Irak, il croit seulement montrer sa force et souligner les difficultés qu'il y aurait à donner un coup d'arrêt au programme nucléaire iranien.

Elles sont, en effet, grandes.

Israël ne veut pas s'en charger car il estime qu'il n'a pas à risquer l'opprobre international que susciterait son intervention alors que le problème ne concerne pas que lui mais le monde. Les Etats-Unis, eux, ne sont pas en situation d'aller renverser le régime des mollahs car il est loin d'être aussi faible que celui de Saddam Hussein et qu'ils sont, déjà, empêtrés en Irak.

Des opérations aériennes, en troisième lieu, seraient non seulement aléatoires parce que les sites iraniens sont souterrains et pas tous repérés mais aussi parce que l'Iran a des moyens de riposte en Irak, au Liban, voire en Europe et aux Etats-Unis. Quant aux sanctions, jamais très efficaces, elles auraient là pour premier effet de pousser les prix du pétrole à de nouveaux records et ni la Russie ni la Chine n'y sont, de surcroît, favorables, pour l'instant du moins.

«Même pas peur!» dit donc Mahmoud Ahmadinejad et cette posture a pour avantages supplémentaires, premièrement, de conforter sa position au sein d'un pouvoir où il n'a pas que des amis et, deuxièmement, d'attirer à l'Iran chiite la sympathie des populations des pays sunnites dont les gouvernements sont des alliés des Etats-Unis et se méfient de Téhéran.

Tirades anti-israéliennes à l'appui, l'Iran veut se repositionner en leader de l'Islam radical et, au passage, tirer le tapis sous les pieds des islamistes sunnites, ceux d'Al-Qaida et des Frères musulmans avec lesquels il est en compétition.

C'est de la haute politique mais ce président ne voit pas que la répétition de ce genre de propos inquiète de plus en plus Russes et Chinois, fait de l'Iran un épouvantail aux yeux des opinions américaine et européenne et qu'il pave ainsi la route à une opération militaire américaine.

Le climat change à Washington et, sous quelques mois, plus rien ne sera impossible car l'Iran d'Ahmadinejad commence à vraiment inquiéter. A force de fausses subtilités et de discours de plus en plus incendiaires, cet homme entraîne le monde là où il vaudrait mille fois mieux qu'il n'aille pas. C'est d'autant plus consternant que personne n'ignore ce que coûterait ce dérapage à la stabilité internationale.

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