Attention! L'espoir de voir relancé le processus de paix israélo-palestinien, cet espoir qui, soudain, saisit journaux et chancelleries, n'est pas infondé mais il n'est fait, pour l'heure, que de «peut-être» et de «si». Pour qu'il se concrétise, il faudrait, d'abord, que des élections permettent la mise en place d'une direction palestinienne assez légitime pour négocier avec Israël.

Entre les barrages militaires, le chaos de l'Autorité palestinienne et le danger permanent de nouveaux accès de violence, ces scrutins seront difficiles à organiser. Ils ne pourront l'être sans que les attentats ne cessent et qu'Ariel Sharon ne manifeste souplesse et bonne volonté – ce qui suppose au préalable, dans l'un et l'autre cas, un rétablissement de la confiance.

Plus complexe encore, si la direction sortant de ces élections doit bénéficier d'un vrai mandat, les islamistes du Hamas ne pourront pas en être exclus. Or Mahmoud Abbas, l'ancien premier ministre qui vient d'être porté à la tête de l'OLP, aura du mal à l'emporter contre eux car, si grande que soit sa légitimité historique, il souffre d'avoir été trop applaudi par les Etats-Unis et Israël lorsqu'il a condamné la «militarisation» de l'Intifada.

Pour que le nouveau chef de l'OLP puisse gagner ces élections, il lui faudrait pouvoir bénéficier de l'appui de la plus populaire des figures palestiniennes, Marwan Barghouti, qui fut, avec lui, l'un des principaux négociateurs d'Oslo avant de devenir, en janvier 2001, l'organisateur de l'Intifada.

Cette alliance entre les deux hommes serait naturelle. Elle est, même, parfaitement envisageable car, s'ils ont divergé sur les moyens, ils veulent l'un et l'autre parvenir à un compromis avec Israël, mais le problème est que Marwan Barghouti est emprisonné à vie et qu'aucun gouvernement israélien ne pourrait le libérer sans de solides garanties.

Toutes les étapes sont possibles. Marwan Barghouti pourrait rester détenu le temps que le dialogue porte ses premiers fruits, mais l'obstacle n'est pas mince.

Plus redoutable encore, le deuxième problème est que le seul compromis qu'Israéliens et Palestiniens puissent aujourd'hui signer devra s'inspirer de celui que Bill Clinton avait proposé à Taba, il y a quatre ans, et que les protagonistes des accords de Genève avaient largement repris à leur compte.

Yasser Arafat avait commis l'erreur de le refuser. Ses successeurs seraient, eux, prêts à l'accepter mais Ariel Sharon ne l'est pas et, sans doute, fera-t-il tout pour n'y être pas contraint.

Rien, on le voit, n'est joué mais si l'optimisme actuel est, pourtant, fondé c'est, d'abord, que la disparition de Yasser Arafat prive Ariel Sharon du prétexte qu'il invoquait pour bloquer la mise en œuvre de la «feuille de route», le plan de paix – également inspiré des propositions Clinton – sur lequel se sont mis d'accord les Etats-Unis, l'Europe, l'ONU et la Russie.

«On ne peut rien faire avec Arafat», disait Sharon, mais maintenant que son vieil ennemi n'est plus, le premier ministre israélien ne pourrait plus s'obstiner dans le blocage sans se mettre en porte-à-faux avec les Etats-Unis.

Car, deuxième raison d'espérer, George Bush aurait désormais tout intérêt à s'investir dans un règlement israélo-palestinien puisqu'il retrouverait là un terrain d'entente avec l'Europe et les capitales arabes dont il a besoin pour se sortir du bourbier irakien. C'est ce que Tony Blair, son plus proche allié, est allé lui dire, hier, à Washington, avec une insistance d'autant plus grande qu'il a besoin, lui, de montrer à ses électeurs que sa solidarité avec la Maison-Blanche peut également servir la paix.

Troisième raison d'espérer, Ariel Sharon n'aura bientôt plus de majorité parlementaire sans Shimon Peres, Prix Nobel de la paix et chef de file des travaillistes, qui ne soutient le retrait de Gaza qu'en tant que premier pas vers un règlement global et négocié.

Il redevient possible de forcer la paix, mais il y faudra une tenace unité de l'Europe, de la gauche israélienne, des dirigeants palestiniens et des Etats-Unis. Elle n'est pas fatalement exclue, bien au contraire, mais on n'y est pas.

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