Il y a trois semaines encore, on aurait difficilement parié sur une victoire de Barack Obama. John McCain avait pris l'avantage dans les sondages. Le choix de Sarah Palin comme colistière lui avait ramené les voix de la droite religieuse qui ne le trouvait pas, si l'on ose dire, très catholique. Aux Etats-Unis comme dans le reste du monde, l'idée s'imposait que non, décidément, l'Amérique ne parierait pas sur un sénateur quadragénaire au nom venu d'ailleurs, qu'elle ne se reconnaîtrait finalement pas dans ce métis tellement plus proche des grandes universités que de Main Street.

Puis vint la crise financière et, dans cette débâcle de la déréglementation, les électeurs américains se sont, à nouveau, tournés vers les démocrates qu'ils considéraient déjà, même avant, comme plus aptes à se saisir des problèmes économiques. Non seulement Barack Obama est repassé en tête des intentions de vote au niveau national mais les «swing states», ces Etats incertains où se jouera l'élection, penchent désormais en sa faveur - de 8 points en Floride et dans l'Ohio et de 15 en Pennsylvanie.

Toute prédiction reste hasardeuse. Une présidentielle américaine se joue souvent dans la centaine d'heures précédant le vote mais, à un mois juste de l'élection, tout conspire à nuire aux républicains qui ont vu le fardeau financier s'ajouter au fardeau irakien pour condamner sans appel le président sortant et, donc, son parti.

Tout peut changer en un mois comme tout s'est inversé en trois semaines mais force est de constater que la déconfiture de Wall Street modifie, jour après jour, toute la donne internationale car...

Reprenons. Tellement décrié depuis les années 1980, l'Etat revient en force, ultime recours des plus petits épargnants comme des plus grands capitaux qui, tous, le somment de jouer les pompiers. Si louée depuis la même époque, «la main invisible du marché» ne suscite plus que rires ou sanglots, devenue main du joueur qui ne sait plus sortir du casino avant que sa dernière mise ne lui soit fatale. Clé de voûte du système monétaire international depuis les Accords de Bretton Woods, en 1944, le dollar est aujourd'hui si menacé dans son rôle de monnaie de référence que la proposition française d'organiser une «remise à plat» des rapports entre les principales devises n'a pas été écartée par Washington, et l'Europe se réunit, maintenant, en sommet économique.

Ce qui eut été impensable il y a dix jours encore a lieu, ce samedi, à Paris. A l'invitation de Nicolas Sarkozy, président de l'Union jusqu'en décembre, les quatre plus riches pays européens retrouvent, à l'Elysée, les présidents de la Commission, de l'eurogroupe et de la Banque centrale européenne pour débattre des mesures à prendre contre les répliques du séisme new-yorkais. Leur réunion sera difficile, tendue, tant les intérêts nationaux peuvent diverger et l'opposition persister entre libéraux et colbertistes mais, dans l'urgence, devant les faits, les tabous tombent.

Qu'il soit atteint ou pas, l'objectif est bel et bien de définir une attitude commune sur un terrain, l'économie, où les gouvernements s'étaient toujours interdit toute concertation, surtout avec la BCE. L'urgence bouscule les dogmes. La décision politique prend le pas sur la lettre des traités. Si ce n'est pas aujourd'hui, la nécessité d'un gouvernement économique de l'Europe s'imposera demain car elle vient d'être prouvée par les faits. Aussi inquiétante soit-elle, cette crise a, décidément, du bon - de Washington à Bruxelles.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.