Cela fait, évidemment, plaisir mais rien n'est, pour autant, résolu. Il ne s'agit pas de bouder sa joie. Il est sain, salutaire et rassurant que les électeurs américains aient fini, mardi, par sanctionner aussi massivement un président dont l'arrogante médiocrité a conduit l'Irak, le Proche-Orient, les Etats-Unis et le monde dans une impasse aussi tragiquement inextricable.

Il est encore plus satisfaisant que la première victime de cette «raclée» électorale, pour reprendre le mot de George Bush, ait été ce secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, qui a autorisé, couvert et développé l'usage de la torture et qui était, avec Dick Cheney, l'un des deux personnages les plus sinistrement obtus de cette équipe. Tout cela n'est que justice, redonne confiance en la démocratie et permet, à nouveau, d'aimer une Amérique que George Bush avait rendue détestable, mais les dégâts qu'il a commis ne seront pas faciles à réparer.

Le problème n'est pas que la Maison-Blanche et ce nouveau Congrès démocrate soient obligatoirement condamnés à s'opposer sur la crise irakienne. Il est même probable que ce soit le contraire car George Bush, d'abord, est dans une telle impasse à Bagdad que tout lui commande de chercher l'appui des démocrates, que son intérêt est de les laisser se colleter à ce chaos et qu'il a admis ces deux réalités en se déclarant «ouvert à toutes les idées et toutes les propositions» de la nouvelle majorité.

La deuxième raison de penser que George Bush et les démocrates chercheront à coopérer sur ce dossier est que le Congrès n'a pas les moyens constitutionnels de prendre en charge la politique étrangère des Etats-Unis et que la situation est si grave que personne ne pourrait se risquer à jouer le blocage.

Quant à la troisième raison ,elle est qu'on croit déjà voir une convergence entre les idées esquissées, jeudi, par Nancy Pelosi, le futur «speaker» démocrate de la Chambre, et celles qui sont prêtées au «Groupe d'études» sur l'Irak, l'équipe de réflexion à laquelle appartient Robert Gates, le nouveau secrétaire à la Défense, et que préside James Baker, l'homme de confiance de la famille Bush. Les uns comme les autres préconisent en effet un début de rappel des troupes américaines et l'ouverture d'un dialogue avec les pays de la région, autrement dit avec l'Iran.

Les bases d'une coopération existent, mais l'ennui est qu'il n'est pas sûr que cela suffise tant les difficultés sont nombreuses.

La première est qu'autant il est certain que le régime iranien aspire à devenir un interlocuteur privilégié des Etats-Unis dans la région, autant il n'est pas du tout sûr qu'il veuille se hâter d'aller vers un compromis et ne préfère pas attendre que l'Amérique ne s'embourbe un peu plus. La deuxième est que tout rapprochement américano-iranien serait vu d'un très mauvais œil par les régimes sunnites dont l'Iran chiite est devenu le premier adversaire. La troisième est que l'éclatement de l'Irak est très avancé, qu'on ne voit plus très bien ce qui pourrait arrêter sa guerre civile et moins encore sur quels arrangements son unité pourrait se refonder.

Des pistes existent (une fédéralisation de l'Irak au premier chef), mais toutes sont semées d'embûches et, quatrième difficulté, non la moindre, l'échec des Etats-Unis à Bagdad, le revers subi cet été par Israël devant les milices du Hezbollah et la poursuite du conflit israélo-palestinien nourrissent une radicalisation croissante du monde arabo-musulman. George Bush a déchaîné la tempête. Il ne sera pas aisé de redresser la barre.

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