Ce ne sont pas des négociations israélo-palestiniennes qui ont été amorcées, mardi, à Annapolis. Ce sont des négociations israélo-arabes, visant non seulement à la création d'un Etat palestinien coexistant avec Israël mais à une normalisation, aussi, des relations entre l'ensemble du monde arabe et Israël.

Cela paraît tellement utopique, impossible, inimaginable, que le scepticisme continue de dominer dans tous les commentaires mais c'est pourtant bien ce qui a été entériné par les représentants de près d'une cinquantaine de pays, dont seize pays arabes parmi lesquels l'Arabie saoudite, pièce maîtresse de cette réunion, et la Syrie, qui vient ainsi de se distancier de l'Iran.

Cet objectif est si réel, le changement de donne si patent, qu'Israéliens et Palestiniens se sont mis d'accord sur une déclaration commune parlant d'un accord de paix d'ici à la fin de l'année prochaine, que leurs négociations, largement entamées en fait, commenceront le 12 décembre et que, parallèlement, des pourparlers débuteront, début janvier, à Moscou, sur l'annexion du Golan syrien par Israël en 1981.

C'est bel et bien le processus qui vient d'être ouvert mais, dit-on, ce ne sont que des mots.

C'est vrai. Les résultats sont à venir. Ils ne seront pas faciles à atteindre. Les difficultés ne font que commencer mais, lorsque la Ligue arabe, les Etats-Unis, l'Europe, la Russie, la Chine, Israéliens et Palestiniens bien sûr, s'engagent ainsi, mettent ensemble leur crédibilité en jeu, il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu'il y a une vraie chance - non pas une certitude mais une réelle possibilité - que ces mots se concrétisent.

Cette chance est devenue réelle pour trois raisons, souvent soulignées ici depuis plusieurs mois. La première est que George Bush n'a pas d'autre espoir d'amorcer un redressement diplomatique des Etats-Unis et de ne pas entrer dans l'Histoire comme le plus mauvais président que son pays ait connu. La seconde est que les Israéliens, au bout d'une longue évolution, ont enfin compris qu'ils ne pouvaient pas plus poursuivre l'occupation des territoires palestiniens sans devenir une nouvelle Afrique du Sud que se retirer unilatéralement de Cisjordanie sans que le Hamas n'en prenne le contrôle.

Quand à la troisième raison de ce tournant, la plus fondamentale, elle est que les Etats-Unis, les pays arabes, Israël et la direction historique de la résistance palestinienne, l'OLP, incarnée par Mahmoud Abbas, le successeur de Yasser Arafat, ont désormais un ennemi commun, un double ennemi: l'Iran et les islamistes contre lesquels ils font maintenant front.

Sans doute, entend-on, mais le Hamas contrôle Gaza et, sans lui, rien ne sera possible. C'est un problème, le problème, mais le Hamas a pris sur lui la responsabilité de ce territoire en y prenant le pouvoir en juin dernier. Il y est, aujourd'hui, jugé sur ses actes par une population coupée du monde et sans perspectives. Sa popularité n'y est plus ce qu'elle a été. Le soutien syrien ne lui est plus assuré et, pour peu qu'un accord soit trouvé, Gaza préférera la paix à une guerre sans fin, comme l'écrasante majorité des Palestiniens et des Israéliens.

Peut-être, rétorquent les pessimistes, mais Jérusalem, le retour des réfugiés, le tracé des frontières? Ils ont raison. Cela va tanguer. Les risques d'échec sont immenses mais ce ne sont pas les solutions de compromis qui ont, jusqu'à présent, manqué sur ces trois points. C'est la volonté politique, celle qui vient de s'affirmer à Annapolis.

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