Ce n'est que trop clair, trop évident, trop habituel. Si trois des groupes palestiniens les plus radicaux ont enlevé, dimanche, un jeune conscrit israélien et si Israël a riposté à cet enlèvement en arrêtant plus de soixante responsables du Hamas dont six de ses ministres, c'est que la paix - quelle horreur... - marquait des points.

Les uns ne voulaient pas que le Hamas se rallie à l'idée d'un compromis avec Israël. Les autres ne voulaient ni que le gouvernement du Hamas puisse se rapprocher des grandes puissances ni, moins encore, devoir renoncer à tracer unilatéralement les frontières entre Israël et la future Palestine.

Dans ce nouvel embrasement, c'est la Raison qui est visée mais, outre qu'elle peut encore prévaloir, on ne saurait sous-estimer l'importance de l'accord auquel le Hamas et le Fatah étaient parvenus mardi, celui-là même que les radicaux avaient voulu torpiller dimanche.

Pour la première fois de son histoire, le Mouvement de la résistance islamique, la branche palestinienne des Frères musulmans, les islamistes du Hamas, l'organisation responsable de tant des attentats-suicides commis en Israël, a accepté l'idée de la création d'un Etat palestinien s'étendant non pas sur le territoire de la Palestine du mandat britannique, celle qui avait préexisté à la création d'Israël, mais uniquement sur la Cisjordanie et Gaza.

De facto, le Hamas vient d'accepter, mardi, la coexistence de deux Etats le long des frontières de 1967 et, même si ses dirigeants martèlent qu'ils n'ont fait qu'envisager la création d'une Palestine limitée aux Territoires occupés et non pas la reconnaissance d'Israël, cette reconnaissance est bel et bien là car ce n'est ni la Bolivie ni l'Arménie ni un no man's land qui se situe de l'autre côté de cette ligne.

C'est un Etat internationalement reconnu dont le nom est Israël.

Pour la première fois dans l'histoire de ce conflit d'un demi-siècle, les deux grands courants palestiniens, les laïcs du Fatah et les islamistes du Hamas, le président élu il y a dix-huit mois et la majorité gouvernementale issue des élections de janvier dernier, ont ainsi convergé sur l'idée d'un compromis territorial avec les Israéliens.

C'est une révolution car cela signifie que la quasi-totalité des forces politiques palestiniennes, toutes celles qui comptent, acceptent désormais la réalité du fait israélien, l'existence de cet Etat que le Fatah ne reconnaît que depuis quinze ans et que la charte du Hamas continue de vouer à la destruction.

Il aura fallu, pour cela, que l'Europe et les Etats-Unis suspendent leur aide à l'Autorité palestinienne après la victoire électorale du Hamas en janvier et que Mahmoud Abbas, surtout, le président palestinien, menace d'appeler la population des Territoires à se prononcer par référendum, dans un mois, sur cette base de règlement.

«Tromperie», «poudre aux yeux», disent les Israéliens en faisant valoir que les islamistes n'auraient opéré qu'un mouvement tactique dicté par un rapport de forces. Ce n'est pas faux. Les islamistes ne sont pas, d'un coup, devenus des colombes mais, quoi qu'ils en pensent, ils ont adhéré au principe de réalité, dépassé leurs divisions et accéléré, surtout, la signature de cet accord avec le Fatah en raison même de la tension suscitée par l'enlèvement du soldat israélien.

Ils lui ont préféré l'ouverture d'une fenêtre sur la paix, et c'est là le plus important - ce qui restera après cette tourmente.

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