En ce début du mois d’avril, l’Ordre des avocats de Genève se soucie une fois de plus du sort de nos confrères en Chine. L’annonce de la libération de prison de Wang Quanzhang le 5 avril sonne la mobilisation au sein de notre Ordre. Wang Quanzhang, un nom à retenir! Jeune avocat de la province du Shandong, il se spécialise dans la défense des plus faibles, s’armant du droit chinois et du droit international des droits de l’homme. Il se distingue notamment dans la lutte contre les expropriations terriennes menées à grand train par les autorités pour le développement du pays. Il lutte ensuite contre le système obscur des «camps de réhabilitation par le travail», système mondialement décrié et désormais aboli en 2013. Wang Quanzhang est l’un de ces nombreux avocats qui ont œuvré à la défense des plus vulnérables.

A l’été 2015, les autorités chinoises lancent un assaut à l’échelle nationale contre cette frange de la profession. Des centaines de confrères sont arrêtés à travers le pays, interrogés et la plupart détenus, souvent accusés de subversion. En août 2015, Wang Quanzhang est arrêté et maintenu plus de trois années en détention dans un lieu inconnu, sans aucune forme de condamnation, sans accès à sa famille ou à un avocat. Il demeure alors à la merci de ses geôliers, exposé à des risques de torture et de traitements dégradants et inhumains qui, d’après les rapports de diverses organisations, y compris des Nations unies, sont une pratique endémique.

Retrait des licences d’avocat

L’Ordre des avocats de Genève s’est alors mobilisé et l’est resté depuis. Notre Ordre lance encore en décembre 2018 une pétition signée par plus d’une vingtaine de barreaux et d’associations de droit, des Amériques au Japon. En janvier 2019, un obscur tribunal accuse Wang Quanzhang de «subversion à l’encontre de l’autorité de l’Etat» et le condamne à 4 ans et 6 mois de prison ferme, un verdict qui n’est toujours pas rendu public à ce jour. Certains de ses confrères et amis, dont Li Heping, ont été libérés plus tôt. Ils avaient pâle mine au sortir des griffes du système. La plupart d’entre eux ont dû subir l’humiliation de l’aveu public, pilier ancestral du système de droit chinois. Wang a refusé et en a payé le prix fort. Il était la dernière victime de cette fronde lancée en 2015 à ne pas être sorti.

Osons espérer qu’il est une chose qu’ils n’auront pas réussi à vous prendre, c’est votre dignité

Non content d’avoir porté l’assaut qui a terrassé cette profession, les autorités chinoises ont également mis en place un système annuel de contrôle des licences d’avocats, évaluant si le comportement de nos confrères est en ligne avec les critères des autorités centrales. Wang Quanzhang, comme nombreux de nos confrères chinois, s’est vu retirer sa licence d’avocat et ne peut plus pratiquer notre métier, son gagne-pain et donc la possibilité de subvenir à ses besoins et ceux de sa famille qui tente de survivre depuis. Une autre pratique courante qui inquiète notre Ordre.

Symbole de courage

Car Wang Quanzhang est aussi un père et un époux, séparé des siens depuis bientôt cinq années. Tout laisse à croire que cette sortie de prison ne marquera pas la fin du calvaire. La pratique déjà observée en Chine sur tant d’autres avocats et défenseurs des droits les plus fondamentaux laisse à croire que Wang sera maintenu sous surveillance stricte dans une autre province que celle où vit sa famille. Cette mesure sera en place pour une période indéterminée. Les informations reçues par l’Ordre indiquent que sa santé a été sérieusement entamée lors de ces années de détention.

Aujourd’hui, Wang Quanzhang est devenu, malgré lui, un symbole de courage et de bravoure non seulement pour les avocats de Chine, mais bien au-delà! Cher Wang Quanzhang, votre courage et votre bravoure impressionnent et nous mobilisent d’autant plus. L’Ordre des avocats de Genève continuera d’être à vos côtés. Osons espérer qu’il est une chose qu’ils n’auront pas réussi à vous prendre, c’est votre dignité.