Le 23 janvier 2017, Donald Trump paraphait son premier décret en tant que président: les Etats-Unis se retiraient du Traité de libre-échange transpacifique (TPP) signé un an plus tôt par son prédécesseur. A peine installé à la Maison-Blanche, il traduisait une promesse de campagne en acte, rompant avec un accord que Shinzo Abe avait tenté en vain de défendre jusqu’à la dernière minute auprès de son compagnon de golf. Donald Trump répondait à une aspiration forte de ses électeurs séduits par le slogan «l’Amérique d’abord», mais aussi à une large partie du camp démocrate hostile à tout nouvel accord de libre-échange. Le 45e président des Etats-Unis avait un solide soutien pour faire un pas qui allait offrir l’Asie de l’Est et, au-delà, le Pacifique à son principal concurrent: la Chine.

Le TPP, dans l’esprit de Barack Obama, était le traité de libre-échange le plus ambitieux (il incluait des clauses strictes en matière de protection sociale et de l’environnement), mais aussi l’instrument par excellence pour exercer le leadership américain dans un XXIe siècle qui s’annonçait sous la domination du Pacifique. Celui qui édictait les règles du commerce dans la région la plus dynamique du monde serait en position d’assurer son ascendant politique bien plus sûrement que par l’action militaire. Le TPP, englobant douze pays d’Amérique du Nord et du Sud, d’Asie de l’Est et d’Océanie, édicterait les nouveaux standards. La Chine était invitée à s’y joindre, mais les exigences sociales et de respect des droits de l’homme l’excluaient de facto. Washington pouvait ainsi renforcer ses alliances sans être tout à fait dans un choc frontal avec Pékin, même si tout le monde comprenait que ce traité était une réponse aux «Routes de la soie» chinoises.

Les cadeaux de Donald

Ce fut donc le premier cadeau de Donald Trump au pouvoir chinois (il y en aura d’autres dont le principal fut de jeter le discrédit sur l’idée même de démocratie d’une façon bien plus convaincante que ne pouvaient le faire les dirigeants communistes). Quelques jours plus tard, le même Donald Trump annonçait son intention de se retirer cette fois-ci de l’Accord de Paris sur le climat. C’est ainsi que, en février 2017, Xi Jinping a pu se rendre à Davos, puis à Genève, pour clamer que la Chine serait le nouveau champion de la globalisation et du multilatéralisme, au soulagement d’une partie des élites économiques mais sans convaincre les capitales. Comment prendre au sérieux une Chine qui continuait de verrouiller son marché au nom de son statut de pays en voie de développement et dont le discours sur l’ordre international et l’Etat de droit était en parfaite contradiction avec sa pratique du pouvoir sur son propre territoire?

Comme par effet de miroir, était signé dimanche dernier un accord de libre-échange dont Pékin est cette fois-ci le principal bénéficiaire

Quatre ans plus tard, la présidence Trump va logiquement se clore en ayant permis à la Chine de récolter les fruits de sa politique d’isolement. Comme par effet de miroir, était signé dimanche dernier un accord de libre-échange dont Pékin est cette fois-ci le principal bénéficiaire. Le Partenariat régional économique global (RCEP), qui réunit 15 pays d’Asie du Sud-Est, le Japon, la Corée du Sud, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et la Chine, est le traité de libre-échange qui regroupe la plus grande population en créant un bloc comparable en taille au marché européen ou à l’espace nord-américain. Ce traité-là est plus limité et moins contraignant que ne l’était le TPP. Il convient parfaitement à Pékin qui sera, de par son poids économique, en position de force pour influencer ce nouvel ensemble régional contraint par des règles communes. Cet accord permet dans l’immédiat à la Chine d’être enfin crédible lorsqu’elle affirme vouloir ouvrir son marché et lutter contre le protectionnisme. Il arrime par ailleurs un peu plus à l’économie chinoise les principaux alliés des Etats-Unis dans le Pacifique Ouest.

Besoin de contrepoids

Au sommet de l’APEC – l’organisation qui regroupe 21 pays du pourtour du Pacifique – qui se tenait en cette fin de semaine, Xi Jinping était sur le devant de la scène avec un discours consacré à «l’avenir de la coopération internationale». Déjà effacés ces dernières années, les Etats-Unis sont restés muets, Donald Trump annonçant une intervention par visioconférence au dernier soir comme pour prouver qu’il présidait encore bel et bien son pays. Un message qui ne valait d’ailleurs que pour la politique intérieure américaine. Le Pacifique n’est certes pas perdu pour les Etats-Unis où la plupart des Etats en appellent à un contrepoids face à une Chine de plus en plus agressive. Mais Joe Biden hérite d’une situation bien moins favorable qu’elle ne l’était pour son pays il y a quatre ans.

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