La justice pénale n'a pas à donner bonne conscience au monde économique. C'est un fait qu'il n'est pas mauvais de rappeler à l'issue du procès de Werner K. Rey. Certains jugeront clémente la peine de quatre ans de réclusion infligée à l'ancien patron d'Omni. C'est sous-

estimer le fait, d'abord, que la procédure d'extradition a singulièrement limité le cadre du procès en Suisse, et ceci de manière absolument contraignante pour les magistrats bernois. C'est négliger, surtout, que la faillite des sociétés de Werner K. Rey doit moins au génie prétendument diabolique d'un seul homme qu'aux faiblesses d'un système dont les derniers à avoir profité ne sont pas les banques et les investisseurs aujourd'hui lésés par cette retentissante déconfiture. A quelques notables exceptions près, les bailleurs de fonds ont fait largement confiance à Werner K. Rey, à commencer par plusieurs banques cantonales. Le moins que l'on puisse dire est qu'ils ne se sont pas montrés d'une prudence exemplaire.

Certes, des délits ont été commis. Mais on se tromperait en croyant que Werner K. Rey n'a construit son château de cartes que par des moyens illégaux. Sa réussite puis son échec procèdent bien plus d'un esprit qui se complaisait dans les zones grises du droit, et qui a dominé le monde financier à une époque bien déterminée, celle de la deuxième moitié des années 80.

Personne ne peut aujourd'hui faire semblant de l'ignorer. Qu'on se rappelle seulement le raidissement des entreprises quand le nouveau droit des sociétés voulut leur imposer un minimum de transparence dans le traitement comptable des réserves latentes. Un point dont il fut beaucoup question pendant ce procès. Sans doute Werner K. Rey a-t-il exploité les faiblesses du système. Ses juges l'ont souligné. Mais le «système» n'était pas mécontent, alors, de ses propres tares. Ses représentants seraient les premiers, aujourd'hui, à s'opposer – non sans quelques bons arguments – à un renforcement du droit pénal dans la vie des affaires. Il faut s'en souvenir pour apprécier à sa juste valeur le verdict bernois: dans une économie libérale, la justice pénale ne protège pas ceux qui ont joué et perdu leur mise.

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