Il était une fois

Westminster Blues

OPINION. Le Parlement britannique, muré dans le décor néogothique de Westminster, est quasi insalubre. Il y a urgence à le rénover. Mission impossible, comme celle du Brexit, raconte notre chroniqueuse Joëlle Kuntz

Les brexiters s’enorgueillissent de rendre à leur parlement l’entier de sa souveraineté, exagérément déléguée aux instances européennes selon eux. Sacré à leurs yeux, Westminster est à l’image de leur prosélytisme: un bâtiment très ancien, très imposant en façade mais complètement délabré à l’intérieur. En plus d’être trop petit pour les rangs croissants des lords et députés du royaume, il accumule tous les risques connus d’incendie, d’inondation, d’explosion, d’écroulement ou de contamination chimique. Plus retentissantes sont les dithyrambes sur la démocratie anglaise, plus misérables les murs au sein desquels elle est appelée à s’exprimer. L’ancien monastère qui l’abrite a brûlé en 1834. Sous la température très élevée des débats qui y ont lieu aujourd’hui, un geste étourdi peut l’enflammer plus gravement que les 40 départs d’incendie enregistrés entre 2008 et 2012. Au niveau d’imprudence auquel sont parvenus les membres des deux Chambres, tant à l’égard de leur pays que de leur monument, un accident fatal est à craindre.

Déni de danger

L’alerte la plus récente, après toutes les précédentes restées sans suite, a été donnée en 2016 par un rapport d’experts commissionné par les deux Chambres. Il préconise l’évacuation du bâtiment pendant six ans pour une restauration complète au prix de 3,5 milliards de livres. Sous ses airs d’éternité, le prestigieux édifice reconstruit dans le style néogothique victorien en 1836 a l’âge de sa tuyauterie, fuyante, puante et dangereuse. L’amiante part en poussière dans la ventilation, mettant en danger les 8000 travailleurs affectés au bon fonctionnement de l’institution; les huiles des cuisines se répandent dans les sous-sols; les chaudières et les conduites de vapeur sont des bombes à retardement; les déversoirs d’eaux usées branlent en plus d’être malodorants et fâcheusement proches des câbles électriques à haute tension; il faut quatre à cinq pompiers sur place 24 heures sur 24 heures pour traquer toute flamme suspecte; il n’y a bien sûr pas de compartimentation anti-feu. On ne parle pas des toitures corrodées, des parois infiltrées d’eau, des pierres extérieures mangées par une épaisse couche de saleté noire, des souris et autres espèces animales en résidence clandestine.