Cette fois-ci, ce ne sont plus les errements d’une guerre injustifiée ou l’impasse d’un conflit qui ne peut plus être gagné par les armes qui sont mis à nu, mais des informations qui concernent au premier plan des pays alliés ou amis. Elles en sont d’autant plus embarrassantes. Que penser des révélations sur l’espionnage opéré par les diplomates américains dans les instances onusiennes? Comment réagiront les chefs d’Etat arabes – et leur peuple – dont le double langage envers l’Iran est soudain crûment mis en lumière? Quel impact auront ces anecdotes peu flatteuses sur des chefs d’Etat réduits à la caricature?

Une nouvelle fois, Washington dénonce l’irresponsabilité des auteurs de ces fuites et accuse WikiLeaks de mettre en danger certaines sources qui pourraient apparaître dans ces documents. Nul doute que l’impact de cette opération vérité sera dévastateur sur l’organisation de l’information des services diplomatiques. Tous les pays sont concernés. A l’heure d’Internet et du piratage informatique, peut-on encore sécuriser des archives électroniques? On peut aussi légitimement s’interroger sur les limites de la transparence – dont Julian Assange s’est fait l’apôtre – et les risques qu’elle représente pour les démocraties. Plus ouvertes, elles sont plus vulnérables que les régimes autoritaires lorsqu’il s’agit de préserver la confidentialité nécessaire à l’efficacité de leur action diplomatique.

Les médias qui se font le relais de WikiLeaks sont-ils pour autant irresponsables? La réponse se mesure à la protection des sources et à la notion d’intérêt général de diffuser ces informations. Comme pour les documents afghans et irakiens, WikiLeaks et les cinq médias associés ont effectué le travail de filtre nécessaire, qui plus est en coopération avec Washington, prévenu de l’opération depuis des mois. Quant à l’intérêt public, il se mesure précisément à l’embarras des gouvernements face à la divulgation de faits qui permettent une meilleure compréhension des enjeux internationaux. De ce point de vue, Washington ne doit pas craindre le débat.

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