Je l’ai déjà écrit ici: mes héros sont quotidiens. Ce sont des gens ordinaires qui, par ce qu’ils font ou ce qu’ils sont, rendent le monde plus humain. Du coup, quand j’apprends que, vendredi dernier, à nouveau, un homme s’est tué en sautant en wingsuit d’un sommet bernois, je reste sans voix. Le pauvre est mort, je ne vais pas l’assassiner une seconde fois, mais cet héroïsme-là, je ne le comprends pas. J’ai de la peine à concevoir que des êtres en pleine santé (physique, en tout cas) décident de risquer leur vie en se lançant d’une paroi rocheuse alors qu’ils pourraient faire un tas de choses tout aussi excitantes et bien moins dangereuses. Comme quoi, par exemple? Se tenir debout. Je ne me moque pas. L’époque est assez folle et secouée pour qu'on sente régulièrement le sol se dérober sous nos pieds. Pas besoin d’ascensions et de sauts insensés pour avoir des sensations. Entre le travail, l’amour, la famille, le monde qui tremble et les amis, c’est déjà le Grand huit, alors jouer à la chauve-souris…

Non, vraiment, mes héros sont quotidiens. Ma dernière héroïne? Une mère de famille. Qui a fait preuve d’une telle sagesse que je lui souhaite cent ans de bonheur sans bornes. Son aîné, pourtant freluquet, a griffé un copain de classe au visage. Grosse colère du père qui a débarqué à la récré et terrorisé l’enseignante en hurlant que jamais, plus jamais, son fils ne devrait rentrer ainsi marqué. Informée de ce raz-de-marée, la mère a appelé le grand fâché.

Vous et moi, on aurait dit à l’excité que bon, une petite écorchure sur la joue n’avait jamais tué personne et que son fiston de 6 ans allait connaître bien pire durant sa longue existence, non? On aurait minimisé l’offense, par simple bon sens. Et provoqué un tsunami de frustration. La géniale maman, que dis-je, la mère supérieure a renversé la vapeur. Elle a assuré au courroucé qu’elle prenait cet épisode très au sérieux, qu’elle comprenait la peur qu’il avait eue en voyant son enfant blessé et qu’elle allait expliquer à son griffeur qu’en cas de conflit, l’agression n’était jamais une solution. Le titan s’est calmé sur le champ.

Ma star est toute menue. Elle n’a pas de combinaison ailée, ni d’idées folles, comme provoquer la loi de la gravité depuis un pic enneigé. Mais son intelligence et sa capacité à éviter une escalade de la violence font d’elle une athlète de la sensibilité. Elle a toute mon admiration.

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