éditorial

Woody Allen et la présomption d’innocence

EDITORIAL. Alors que sort le 48e long métrage du cinéaste new-yorkais, celui-ci est toujours accusé de viol par sa fille adoptive. Mais en 1993, la justice avait abandonné les charges qui pèsent contre lui

En décembre 2017, alors que sort aux Etats-Unis Wonder Wheel, Woody Allen est rattrapé par son passé. Alors que le phénomène #MeToo prend une ampleur mondiale à la suite de l’affaire Weinstein, il se voit d’abord reprocher des propos maladroits ne dénonçant pas clairement le producteur déchu. Dans l’écho médiatique entourant enfin la libération de la parole des femmes victimes de harcèlement, de comportements déplacés et de viols, les accusations portées en 1992 par sa fille adoptive Dylan Farrow trouvent une nouvelle écoute: le cinéaste l’aurait violée lorsqu’elle avait 7 ans. Il convient ici d’employer le conditionnel non parce que le New-Yorkais a toujours nié les faits, mais parce que les charges qui pèsent contre lui ont été abandonnées en 1993, la justice estimant que sa culpabilité n’était pas prouvée.

Deux ans plus tard, voici que son 48e long métrage, A Rainy Day in New York, débarque sur les écrans européens, deux ans après son tournage. Aux Etats-Unis, aucun distributeur n’a pris le risque de le diffuser. Ressurgit alors le débat consistant à savoir si l’homme doit être dissocié de l’artiste. Mais dans ce cas précis, la plupart de celles et ceux qui vouent Woody Allen aux gémonies oublient donc que l’Américain est, jusqu’à preuve du contraire, innocent.

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Si Bertrand Cantat a purgé sa peine et a selon la loi droit à l’oubli, il n’en demeure pas moins que lorsqu’il publie un nouvel album, on ne peut faire abstraction du fait qu’il a tué sa compagne de ses propres poings. Le réalisateur d’Annie Hall, lui, n’a aux yeux de la loi rien commis de répréhensible. Ce qui n’est pas le cas de Roman Polanski, dont la relation sexuelle avec une mineure, en 1977, est avérée. S’il a lui aussi purgé une peine privative de liberté, si sa victime elle-même déclare depuis de nombreuses années vouloir tourner la page, allant même jusqu’à le féliciter lors de son sacre récent à la Mostra de Venise, le cinéaste polonais n’en demeure pas moins coupable.

Faut-il boycotter A Rainy Day in New York? Voici la question qui va occuper les cinéphiles ces prochains jours. Si l’on s’en tient donc à la présomption d’innocence, il est évident d’y répondre par la négative. Sans oublier que Woody Allen n’a été la cible d’aucune autre accusation. Dissocier l’homme de l’artiste est ici nécessaire.

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