Il y a deux semaines, alors que tous les yeux étaient rivés sur le marigot de Washington, le président Xi Jinping a communiqué d’«importantes instructions». Leur intitulé ne vous dira pas grand-chose («Opinion sur le renforcement du travail du Front uni sur l’économie privée dans une nouvelle époque»). Ce pourrait néanmoins être un tournant dans la politique d’ouverture et de réforme entamée par Pékin il y a plus de quarante ans. En clair, il s’agit pour le Parti communiste de reprendre le contrôle de l’économie privée. Non pas en l’étatisant – le marché restera un moteur de l’allocation des ressources – mais en soumettant les entrepreneurs à une stricte obédience politique et idéologique: les patrons chinois doivent se mettre aux ordres du parti.

En 2020, le secteur privé représente 60% de l’économie et 80% des emplois chinois. Cet essor a déjà connu des coups d’arrêt (après le massacre de Tiananmen en 1989 par exemple ou lors de la crise financière de 2008). Mais les réformistes avaient jusqu’ici tenu le cap. Si, sous Mao, il valait mieux «être rouge qu’expert», depuis Deng les experts – ou les entrepreneurs dans le domaine économique – avaient pris le dessus sur les idéologues. Xi Jinping vire de bord. Les petits patrons bénéficieront encore de l’appui du pouvoir, par exemple sous forme de prêts des banques d’Etat, mais ce sera désormais à condition de «s’identifier politiquement, intellectuellement et émotionnellement au Parti», explique la directive.