Faut-il d’ores et déjà considérer Donald Trump comme un «lame duck», un canard boiteux, terme réservé aux présidents en fin de mandat? Sur le plan intérieur, ses grandes promesses électorales sont recalées par la justice (immigration) ou le Congrès (Obamacare). Par impréparation ou amateurisme, il accumule les échecs. Sur le plan international, il est pour l’heure simplement absent.

Il est bien sûr trop tôt pour tirer un bilan d’une présidence à peine entamée. Mais comme le milliardaire a beaucoup promis durant sa campagne, et qu’il s’est montré très actif après son élection, sans attendre d’être installé à la Maison Blanche, il est forcément exposé à davantage de critiques.

Le «voleur en chef»

L’homme d’affaires qui s’est tant vanté de pouvoir changer le cours de la politique américaine aura une occasion unique d’en faire la démonstration la semaine prochaine en recevant dans sa résidence en Floride son homologue chinois, c’est-à-dire le «voleur en chef» des emplois américains. Durant des mois, Donald Trump a accusé la Chine et sa politique de «dumping» d’être le principal responsable de la destruction de postes de travail aux Etats-Unis. Elle devra rendre des comptes, a-t-il promis.

Un des premiers gestes après son triomphe électoral fut ainsi de s’entretenir avec la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, dans un acte hautement symbolique. Il rompait ainsi avec 40 ans de politique chinoise. On allait voir ce qu’on allait voir. La Chine a bien sûr protesté, mais modérément. Une fois intronisé en tant que 45e président des Etats-Unis, le même homme a presque aussitôt repris son téléphone pour assurer cette fois-ci Pékin qu’il respecterait la politique traditionnelle des Etats-Unis, à savoir la reconnaissance du principe d’une seule Chine. Cette bravade n’aura fait qu’une victime: la présidente taïwanaise.

Logique mercantiliste

A Mar-a-Lago, a prévenu Donald Trump, la rencontre sera «très difficile», laissant entendre qu’il se montrera intransigeant avec son interlocuteur. Il l’accueillera avec des doléances de poids: en 2016, les Etats-Unis ont enregistré un déficit commercial de 500 milliards de dollars dont 347 milliards avec la seule Chine. Selon leur logique mercantiliste, les conseillers économiques de Trump établissent un lien mécanique entre déficit commercial et pertes d’emplois: seize pays sont dans le viseur de l’administration (dont la Suisse), tous soupçonnés de «tricher» pour vendre plus qu’ils n’achètent aux Etats-Unis…

Xi Jinping a eu le temps de se préparer à ce choc. Sur le plan international, il a soigné son image – trompeuse – de nouveau champion du libre-échange comme on a pu l’entendre à Davos. Cette posture lui assure le soutien, c’est nouveau, d’une grande partie de la communauté internationale. Aux Américains, il va rappeler une vérité bien simple: la Chine est l’un des principaux banquiers des Etats-Unis en tant que premier détenteur, avec le Japon, de ses bons du trésor (1200 milliards de dollars), c’est-à-dire de la dette américaine. C’était la recette de la mondialisation: les consommateurs américains achetaient à crédit les biens chinois avec le soutien de Pékin et l’aval de Washington.

Affrontement d’un nouveau type

Donald Trump, qui a une certaine expérience des faillites en tant qu’entrepreneur, va réaliser qu’il en va différemment avec la gestion d’un Etat. Aussi puissants soient-ils, les Etats-Unis ne peuvent pas se permettre de se fâcher avec l’un de leurs principaux banquiers. Xi Jinping n’est pas pour autant en position de force. Non seulement le marché américain est primordial pour écouler ses produits, mais les Etats-Unis continuent d’assurer un certain ordre international, celui de la sécurité des routes commerciales, et c’est essentiel pour la Chine.

A Mar-a-Lago, Trump et Xi afficheront une satisfaction de façade avec l’annonce de nouveaux investissements chinois aux Etats-Unis. En réalité, on assistera en coulisses au début d’un affrontement d’un nouveau type, celui de deux protectionnismes contraints de s’entendre pour un bout de temps encore.