Depuis vingt ans, nous avons pris l’habitude de voir s’effondrer les structures politiques, sociales, raciales qu’on croyait indestructibles. D’abord la chute du mur de Berlin, qui a mis fin à la Guerre froide. Puis des pays émergents devenus aussi puissants, voire plus, que les pays d’Occident. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, un président noir entame un second mandat.

Il manque à ce tableau un grand basculement à venir: un jour, les femmes seront assez nombreuses à peser de façon égale, voire en majorité, sur le pouvoir économique et politique mondial. Pourquoi en douter? En 2010, le Conseil fédéral a connu une majorité féminine; l’Islande convalescente n’a que des louanges envers son premier ministre, Johanna Sigurdardottir. Des millions d’autres femmes font des études longues, des carrières brillantes sans renoncer à faire des enfants. Les hommes n’étaient déjà plus seuls à occuper le terrain. Mais, depuis peu, la progression féminine est fulgurante.

C’est de ce vaste rééquilibrage que parle la journaliste américaine Hanna Rosin dans son livre choc appelé – abusivement – The End of Men. Elle décrit aussi une montée en puissance d’un phénomène «matriarcal» aux Etats-Unis: des femmes et mères de famille assumant tout à la fois le travail, le ménage, les enfants et leur mari: les chefs de famille sont désormais des «superwomen» suractives. L’observation est intéressante, mais elle reste anodine et non généralisable à la planète entière.

Sous la thèse provocante, d’ailleurs non souhaitée par l’auteure, d’un monde dominé uniquement par les femmes, Hanna Rosin pointe du doigt les courants profonds qui déboucheront inexorablement sur une égalité complète entre hommes et femmes, dans le sillage de la mondialisation. Ce qui passera par davantage de femmes au pouvoir, d’hommes à la cuisine ou à la table à langer, et par des couples – comme cela existe déjà – qui gèrent leur ménage à part égale. Et quand cela arrivera-t-il? Ce basculement-là est complexe et de longue durée. Si bien qu’il a lieu à la fois aujourd’hui, demain, et qu’il s’achèvera peut-être dans un siècle.