Revue de presse

Il y a 169 ans, le 4 juillet 1848, mourait Chateaubriand

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Aujourd’hui, la disparition du précurseur du romantisme français

L’écrivain et homme politique François René, vicomte de Chateaubriand, meurt à Paris, le 4 juillet 1848, il y a donc exactement cent soixante-neuf ans aujourd’hui. Ses restes sont transportés à Saint-Malo en Bretagne et déposés face à la mer, selon son vœu, sur le rocher du Grand Bé, un îlot dans la rade de sa ville natale auquel on accède à pied lorsque la mer s’est retirée.

Miéville, une figure

Aussi la Gazette de Lausanne du 14 juillet, dix jours plus tard!, croit-elle que sa «notice», signée «MIÉVILLE, rédacteur» – pratique journalistique encore très rare à l’époque – pourra «intéresser» ses lecteurs. Il s’agit en réalité de la plume du révolutionnaire vaudois Antoine-Gabriel Miéville (1766-1852), condamné par Berne pour avoir participé au banquet des Jordils à Lausanne, en 1791. Avocat et notaire, il fonda le titre en 1798 et, aveugle dès 1836, continua à animer la rédaction de la gazette jusqu’à sa mort!

Après avoir brièvement résumé les hauts faits du précurseur du romantisme français, évoquant cette «eau qu’il rapporta du Jourdain» et qui «servit au baptême du duc de Bordeaux» Henri d’Artois, Miéville signale qu’«après la révolution de 1830», qui renversa Charles X et mit fin à la Restauration, «Chateaubriand donna sa démission de pair de France». Il rentra alors «dans la vie privée où il est resté jusqu’à sa mort, entouré de l’admiration et de la vénération de l’univers civilisé».

Ainsi, conclut l’article, «la France vient de perdre en lui une de ses gloires». Il était «le doyen de l’Académie française, où il occupait, depuis trente-sept ans, le fauteuil n° 6». Il avait effectivement été élu en 1811, mais au fauteuil 19, où lui succédera Paul de Noailles.

Un mois plus tard, le 18 août 1848, le Journal de Genève annonce, lui, la parution des Mémoires d’outre-tombe, «ce produit d’un orgueil qui n’eut d’égal chez aucun des plus grands génies, prétentieux mémoires, prétentieusement annoncés, où la grandeur même du talent met en relief la petitesse d’une vanité qui choquerait même chez Homère; or combien de génies, d’Homère à Chateaubriand!»

Plus passionnant encore, le Journal avait déjà publié, le 18 juillet, cet extrait de la préface des fameux Mémoires. Où il écrit avoir «rencontré presque tous les hommes qui ont joué […] un rôle grand ou petit à l’étranger» et en France, «depuis Washington jusqu’à Napoléon, depuis Louis XVIII jusqu’à Alexandre, depuis Pie VII jusqu’à Grégoire XVI», et l’on en passe.

Malheurs et fortunes

Dans ce texte datant de 1835, treize ans avant sa mort, on se laisse prendre au rythme saisissant de l’écriture du vicomte, avec toute sa fougue romantique: «Je me suis mêlé de paix et de guerre; j’ai signé des traités, des protocoles, et publié chemin faisant de nombreux ouvrages. J’ai été initié à des secrets de partis, de cour et d’Etat; j’ai vu de près les plus rares malheurs, les plus hautes fortunes, les plus grandes renommées. J’ai assisté à des sièges, à des congrès, à des conclaves, à la réédification et à la démolition des trônes. J’ai fait de l’histoire et je pouvais l’écrire; et ma vie solitaire, rêveuse, poétique, marchait au travers de ce monde de réalités, de catastrophes, de tumultes, de bruit avec les fils de mes songes.»

Et Chateaubriand conclut, toujours avec cette fausse modestie qu’il cultiva comme un art de penser: «En dedans et à côté de mon siècle, j’exerçais peut-être, sans le vouloir et sans le chercher, une triple influence, religieuse, politique et littéraire.» Excusez du peu.


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