Revue de presse

Il y a 24 ans, le 14 juillet 1993, Léo Ferré s’envole

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Aujourd’hui, la mort du chanteur et poète monégasque

On l’apprend dans la presse cinq jours plus tard seulement, mais «Léo Ferré a choisi un 14 juillet pour nous quitter». Une «coïncidence frappante» pour le Journal de Genève et Gazette de Lausanne il y a presque un quart de siècle, qui y voit aussi peut-être un «dernier pied de nez de celui qui se disait «une graine d’anar’» et dont les révoltes et les coups de gueule auront marqué à jamais la chanson française».

Prédiction de courte durée, «on ne pourra sans doute plus tirer ce jour-là dans l’Hexagone le moindre feu d’artifice sans penser à ce révolutionnaire né dont la poésie a suffisamment dérangé pour que la censure tente de la bâillonner». C’est qu’il était «ambigu» le vieux, «volcanique, démesuré, courageux et baroque», avec cette profession de foi qui le définit entièrement: «La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n’être que lue et enfermée dans sa typographie n’est pas finie; elle ne prend son sens qu’avec la corde vocale comme le violon prend le sien avec l’archet qui le touche.»

Au téléphone avec la mort

«Au poste-frontière» de Thanatos, «on a dû lui demander ses papiers», titre pour sa part Le Nouveau Quotidien, dont le rédacteur se rappelle «une image TV du week-end» qui a précédé, où le Monégasque racontait, sur ce que l’on appelait encore «le petit écran»: «Un jour, une jeune femme m’a téléphoné. Elle m’a dit: «Je suis la mort et j’aime beaucoup ce que vous faites, Monsieur Ferré.» Alors moi, je lui ai répondu: «Mais moi aussi j’aime beaucoup ce que vous faites, chère Madame.»

«Ferré, c’était cela: l’amour à mort». Avec cette «manière de ne jamais décolérer», de parler «un langage fondamentalement tripal» et de cracher son «venin contre toutes les formes imaginables de la bêtise». Mais «rien n’était simple» pour lui. «L’ambivalence de ses chansons le montre bien. Dans leur raffinement et leur exigence extrêmes, elles sont aussi assommantes, parce qu’elles jouent avec le nerf de l’agacement émotif.»

Sur le tard, «le libertaire allait l’emporter sur le colérique. […] D’ailleurs, davantage que de chanson, il faut alors parler de poésie orale prise entre les feux du langage argotique», avec «une absolue beauté formelle et une manière unique de scander comme on enfonce un clou». Avec le temps, va, tout s’en va, Ferré reste.


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