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Comparaison historique n'est pas raison, mais il y a beaucoup de similitudes entre la victoire de Ronald Reagan en 1980 et celle de Donald Trump.
© Bettmann

Histoire

Il y a 36 ans, un cow-boy nommé Reagan

Une plongée dans le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne» de 1980, les archives historiques du «Temps», montre à quel point Ronald Reagan, ex-gouverneur de Californie, pouvait inspirer les mêmes craintes, ou les mêmes espoirs, que le nouveau président des Etats-Unis

Après l’élection de Donald Trump, comment ne pas penser au printemps 1980, lorsqu’un autre candidat à la Maison-Blanche inspirait sensiblement les mêmes craintes que le 45e président des Etats-Unis, même si le contexte historique, celui de la Guerre froide, était différent, lui? Dans les archives historiques du Temps (disponibles gratuitement en ligne), il est particulièrement intéressant de relire l’éditorial de Jasmine Audemars dans le Journal de Genève et de la Gazette de Lausanne.

Elle y écrivait que «la candidature de Ronald Reagan», qui avait tout de même déjà, lui, une expérience politique, «d’abord considérée comme un gag style Hollywood», était «prise de plus en plus au sérieux» six mois avant l’élection. Que le républicain n’était plus «donné comme perdant forcé» contre Jimmy Carter et que «son image, encore déformée par la distance géographique et culturelle nous séparant des Etats-Unis» n’était «guère brillante» et «à certains égards, inquiétante»: un homme «borné et solidement réactionnaire», efficace «dans l’art de faire passer son message».

Et d’ajouter, en écho au fameux «Make America Great Again» utilisé par Trump comme slogan plus de trente-cinq ans après l’ex-gouverneur de Californie, que «fondamentalement», Reagan voulait «refaire de l’Amérique un grand pays, respecté à l’extérieur, et sans grands problèmes à l’intérieur». Vaste programme, dont «il serait futile d’essayer de dénombrer les lacunes, les contradictions ou les absurdités».

Au surlendemain de l’élection de Reagan – le 6 novembre 1980, par 489 grands électeurs et 50,89 % des voix – Antoine Maurice, alors chef de la rubrique internationale, montre s’il en était encore besoin la révolution technologique vécue depuis lors par la presse, via une formule révélatrice du trouble historique créé par cette élection. «La vraie question», écrivait-il, se posait dans «un lapsus dans la transcription d’un article» – sans doute dicté par téléphone – reçu quinze heures après la victoire républicaine: «L’Amérique va-t-elle retrouver en Reagan un leadership ou un leader «cheap»?»

«Il arrive au galop dans la ville en désordre»

Le même jour, l’éditorial de Claude Monnier en ajoute une couche dans les deux quotidiens lémaniques. Titré «La victoire du shérif» – formule qui joue sur le passé d’acteur de westerns du vainqueur – ce texte commence par deux phrases qui pourraient s’appliquer mot pour mot au vainqueur de 2016: «Que va nous faire Ronald Reagan? Cette question, des millions de personnes se la posent aujourd’hui, en Amérique comme dans le reste du monde. Les unes avec espoir, les autres dans la crainte et le tremblement.»

Il ne suffisait alors pas d’être «un ingénieur» de la politique, tel Jimmy Carter ou Hillary Clinton aujourd’hui, «capable de comprendre le fonctionnement de la machine gouvernementale». Non, il fallait bien davantage que cela, il fallait «être l’expression symbolique […] de la volonté nationale». Le rédacteur en chef du Journal de Genève décrivait ainsi «le shérif»: «Il arrive au galop dans la ville en désordre, crie ferme, apostrophe […], tire quelques coups de feu judicieux» et – à voir… – «rétablit rapidement la paix et l’harmonie».

Donald Trump, si l’on poursuit la comparaison avec Ronald Reagan en 1980, «pourrait bien tomber» dans un travers: «Celui de parler dur sans avoir les moyens de sa dureté. Dès l’an prochain, tout, en Amérique comme dans le monde, redeviendra plus clair, plus dru. Mais aussi, de ce fait, plus dramatique.»

En pages intérieures de la même édition, un commentaire en dit encore plus long sur cet air de «déjà-vu», de «déjà-entendu». La capacité de Reagan «à surmonter les difficultés et à brouiller les données politiques traditionnelles a fait de lui une des plus grandes énigmes de la politique américaine. […] Il a adopté une stratégie des plus pragmatiques qui a confondu ceux qui le considéraient comme un doctrinaire rigide, […] trop conservateur pour adopter une tactique souple qui lui permette de vaincre.»

«Favorable à un amendement prévoyant l’interdiction des avortements»

Et puis il y a les femmes. Une dépêche de l’agence Reuters faisait état, en 1980, d'«une tragédie pour les Américaines». Non, comme on l’a vu, parce que le président élu fût opposé à une candidate, mais parce qu’il serait le premier «à être hostile aux droits des femmes». L’égalité des droits et l’illégalité de «toute discrimination sexuelle» devaient être ratifiées encore par trois Etats d’ici juillet 1982, et Reagan et le Parti républicain étaient opposés à cet amendement constitutionnel.

Et d’ajouter: «Le nouveau président est également favorable à un amendement prévoyant l’interdiction des avortements. Déjà, le mouvement national […] pour le droit à la vie a qualifié le résultat du scrutin de «victoire de la moralité».» Rappelons en effet que le nouveau président républicain des Etats-Unis, celui qui prendra ses fonctions en 2017, s’est engagé à abolir le droit national à l’interruption volontaire de grossesse.

Pas la même réaction sur les marchés

Comparaison n’étant pas raison, on observe tout de même une différence de taille entre 1980 et 2016, celle touchant à la réaction des marchés financiers (qui ont dévissé ce mercredi). On parlait alors d'«euphorie»: «Hausse du dollar, hausse de l’or, hausse des valeurs américaines. […] Le mouvement qui s’est répandu d’est en ouest a commencé par Tokyo, seule place ouverte au moment de la proclamation des résultats, où la plupart des valeurs américaines, mais particulièrement celles liées à l’industrie de l’armement ont été orientées à la hausse.» A la Guerre froide allait se juxtaposer la fameuse «guerre des étoiles» de Ronald Reagan, l’initiative de défense stratégique lancée en 1983.

A consulter: la recherche de «Ronald Reagan» sur letempsarchives.ch

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