Phnom Penh tomba le 17 avril 1975. Les chars du Vietnam du Nord, frappés de l’étoile d’or sur fond rouge, enfoncèrent les grilles du Palais présidentiel de Saigon le 30 avril. A quelques jours près, l’ancienne Indochine disparut définitivement. Le Laos était déjà dirigé par un gouvernement de coalition avec une forte présence du Pathêt Lao. Il prit finalement le pouvoir en déposant la monarchie le 29 novembre de la même année. Les rêves coloniaux des Français d’abord, puis les visées des Américains ensuite, s’effondrèrent alors. Aujourd’hui, les générations de l’exil se souviennent d’une tragédie vécue dans leur chair, dans leurs pleurs, dans leurs chagrins, dans leurs peurs, et souvent, dans la mort.

Je me souviens: ma génération avait 20 ans le 30 avril 1975, jour de la chute de Saigon. Je me souviens de l’image de l’hélicoptère américain auquel s’accrochait une grappe humaine, et qui tentait de décoller du toit de l’ambassade des Etats-Unis. Cette image reste le symbole ultime d’une débâcle militaire et politique, mais avant tout humaine. Je me souviens de mon Vietnam, qui n’était plus celui de la guerre des Américains, du Vietcong, de la terrasse du Continental, des attentats en ville qui frappaient indistinctement les enfants, les soldats ou les journalistes.