Revue de presse

Il y a 50 ans, le général de Gaulle «annexait» le Québec

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Aujourd'hui, le jubilé du célèbre discours tenu par le président de la République à Montréal. Un beau scandale que ce «Vive le Québec libre!»

Balcon de l’Hôtel de ville de Montréal, 24 juillet 1967. Davantage qu'un incident diplomatique. On en fête les 50 ans aujourd’hui. Le général de Gaulle, en visite officielle dans la métropole de la Belle Province, déclare en conclusion d’un discours très indépendantiste: «Vive Montréal, vive le Québec, vive le Québec libre, vive le Canada français et vive la France!» Une crise politique entre Paris et Ottawa se déclenche dans les secondes qui suivent.

Le Journal de Genève du 26 juillet signale à ce propos que «la radio canadienne de langue anglaise» juge que l’unité du pays vient «de vivre ses heures les plus sombres» et qu’il s’agit là «du plus grand affront jamais fait par un chef d’Etat étranger». En France, Combat se demande «quels droits le président de la République s’arroge pour se mêler des affaires internes d’un autre pays que le sien», sous le titre «De Gaulle annexe Québec». «Si la Belgique ou la Suisse» l'invitent à leur tour, y ironise Emile Servan-Schreiber, «il pourrait bien inciter ici la Wallonie, là la Suisse française, à aiguiser leur indépendance».

«Effronté et irrespectueux»

Le gouvernement fédéral d’Ottawa, lui, tente de calmer les esprits en disant sobrement que «les Canadiens n’ont pas besoin d’être libérés», comme le fait remarquer la Gazette de Lausanne. Ce qui n’empêche pas son correspondant à Paris, René Lombard, de parler d’«escalade verbale» et un député libéral canadien d’un général «effronté et irrespectueux». En tout état de cause, l’événement fait connaître le Québec et sa situation politique dans le monde entier, ébahi par les ovations suscitées à Montréal en présence de nombreux manifestants locaux en faveur de l'indépendance:

Pour mesurer l'écho du geste gaullien, il suffit de se rappeler ce que la presse internationale, que la Gazette avait épluché, en avait dit. Pour le New York Times, par exemple, le général est venu au Canada «semer la discorde... Il encourage le séparatisme et espère manifestement que ses attaques feront ricochet et atteindront les Etats-Unis.» L'Evening Standard britannique écrit qu'il «ne pouvait être plus insultant à l'égard de ses hôtes». De son côté, Le Devoir de Montréal juge qu'«une communauté de langue française de cinq à six millions, en Amérique du Nord, ne peut survivre et s'épanouir réellement qu'à la condition de pouvoir s'appuyer sur un Etat bien à elle et sur la mère patrie France».

La glorification de la «francité»

Mais Lombard a aussi lu la presse française. «S'interrogeant sur cette «brutale irruption» dans les affaires intérieures canadiennes, l'éditorialiste du Monde constate que «l'exaltation du nationalisme, la phobie antiaméricaine, la glorification de la «francité» atteignent une sorte de paroxysme» et semblent relever de la provocation. Car de Gaulle, pense-t-il, est trop maître de sa pensée et de son verbe pour n'avoir pas parfaitement mesuré à l'avance l'ampleur des remous qu'il allait provoquer.» D'autant que s'il y a une «doctrine gaulliste», c'est bien celle de la non-ingérence. Un discours qui fera date...


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