Revue de presse

Il y a 55 ans, le 5 juillet 1962, l'Algérie devient indépendante

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Aujourd’hui, le premier jour de la libération du joug colonial français

Au terme d’un conflit très violent de presque huit ans, et surtout de cent trente-deux ans d’occupation coloniale, l’Algérie acquiert son indépendance le 5 juillet 1962, il y a 55 ans. «Naissance de l’Algérie algérienne», titre le lendemain le Journal de Genève, en publiant un reportage à Alger de son correspondant Ch.-E. Ravussin.

Sur place, celui-ci raconte: «Peu à peu, des automobiles avec le drapeau algérien vert et blanc s’engagent dans la ville européenne, les occupants clament des slogans nationalistes, ou klaxonnent.» Mais «le service d’ordre est parfait», dans la capitale du moins, puisque le Journal fait par ailleurs état de mystérieuses «fusillades à Oran», avec «une trentaine de morts européens et musulmans»:

Les ex-colons, eux, restent prudents: ils «ne quittent guère leur demeure, craignant qu’une étincelle ne déclenche l’explosion, ne déchaîne les passions». Voilà pour les «conservateurs». Les «libéraux», eux, interrogés par le journaliste, pensent qu’ils doivent «marcher à fond avec l’Algérie nouvelle, et ne pas accorder le moindre regret à cette Algérie française qui a coûté tant de sang et provoqué tant de mensonges». Mais ce ne sera pas chose facile. On le sait, la guerre qui n’a pendant longtemps jamais porté son nom a laissé de profondes séquelles, de part et d’autre de la Méditerranée. Et les «cafés fermés le sont «pour congé annuel» ou ont été abandonnés par leurs propriétaires partis pour la France».

Charles-Henri Favrod à Alger

Dans la Gazette de Lausanne du même jour, c’est le déjà très renommé Charles-Henri Favrod, 35 ans et futur fondateur du Musée de l’Elysée, qui fait «le point de la situation», comme on l’écrivait alors souvent. Dans un contexte difficile, où il faut mettre en place un nouveau régime politique. Deux tendances s’affrontent. Le président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), Benyoucef Benkhedda, qui acceptera de s’effacer un mois plus tard face à Ben Bella, a de son côté demandé «aux Algériens de reprendre le travail»:

Au Caire, Ahmed Ben Bella s’est entretenu «pour la dernière fois avec le président Nasser». A l’origine du Front de libération nationale (FLN), c’est lui qui deviendra le premier président de la République, de 1963 à 1965. Mais ce que l’on ne savait pas encore alors, c’est que le massacre d’Oran du 5 juillet 1962, trois mois et demi après le cessez-le-feu et deux jours après la reconnaissance de l’indépendance, juste quelques heures avant sa proclamation, a justement été imputé – en partie, du moins – à l’Armée de libération nationale (ALN), le bras armé du FLN, à l’encontre de civils pieds-noirs français.

En 2010, l’historien Jean Monneret estimera «raisonnable» d’avancer que l’ordre de grandeur des victimes européennes du 5 juillet 1962 à Oran se situe «dans une fourchette de 400 à 600». Nombre revu à la hausse à 3018 par lui-même un an plus tard.

Le FLN, parti unique

Mais à l’époque et «jusqu’ici», donc, écrit la Gazette, «aucun indice ne laisse croire à un rapprochement des deux tendances», le GPRA et le FLN. Ce, «bien qu’à Alger, dans les milieux proches du GPRA, les commentaires tendent à nier l’existence d’un «problème Ben Bella ou ALN», en attribuant à une mystérieuse personnalité la responsabilité des déclarations faisant état d’un désaccord». On connaît la suite: Ben Bella va ériger le FLN en parti unique et mener une politique socialisante et populiste inspirée du modèle nassérien.


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