Revue de presse

Il y a 77 ans, le 10 juillet 1940, débutait le régime de Vichy

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Aujourd’hui, l’installation du cabinet collaborationniste du maréchal Pétain pendant la Deuxième Guerre

La France envahie, Philippe Pétain a demandé l’armistice aux Allemands. C’est la débâcle, la moitié de la France est occupée. Le 10 juillet 1940, il y a 77 ans aujourd’hui, l’Assemblée nationale se réunit à Vichy et vote les pleins pouvoirs au maréchal en vue de rédiger une nouvelle constitution. La IIIe République abolie, l’ère de la collaboration avec l’Allemagne nazie s’ouvre.

«La réforme française»

Le lendemain, pour René Payot dans le Journal de Genève, «la notion d’autorité est à l’ordre du jour et l’on devine que le cabinet actuel entend rétablir la discipline nationale afin que toutes les énergies s’emploient à l’œuvre de reconstruction». Mais comment concilier cette autorité avec les libertés individuelles? Telle est la question que pose le célèbre éditorialiste, sous un titre pour le moins euphémisant: «La réforme française». On en saura davantage avec «les lois fondamentales que le cabinet Pétain élaborera lorsqu’il aura obtenu les pouvoirs dictatoriaux qu’il réclame», écrit-il. Et qu’il obtient le lendemain:

René Payot (ci-dessous) explique que «la forme de l’Etat ne sera pas changée», mais que «les institutions seront profondément modifiées».

Dans les grandes lignes, «le premier sacrifié sera le régime parlementaire tel qu’il a fonctionné jusqu’à présent […]. Le gouvernement ne sera plus responsable devant les Chambres». Et le maréchal veut remettre «les valeurs […] à leur véritable place: à la première se placeront l’intelligence et le travail. Une attention toute particulière sera vouée à l’éducation de la jeunesse, à la protection de la famille et à la création d’un statut social qui réglera les rapports entre patrons et ouvriers». On le voit, «le pouvoir exécutif, libéré de l’influence parlementaire, jouera un rôle prééminent», et cette «expérience présentera un intérêt mondial», conclut-il.

La Gazette de Lausanne, elle, est encore plus «optimiste». A sa une le même jour, elle craint toutefois «une transformation profonde» et «de nombreux sacrifices» qu’il faudra affronter «sans aucunement perdre courage». Après avoir déploré tout ce qui a conduit «la France à cette guerre funeste», elle ne peut «qu’admirer le vieux soldat qui […] fait énergiquement face au malheur et, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, entreprend de rendre à la nation ignorante encore de son sort, confiance, union et espoir»…

«L’intention est excellente»

Avec Pétain arrive «la charte d’une nation nouvelle». Celle-ci «nous prescrit de dépouiller de chères habitudes, de renoncer au bien-être, de penser aux autres plus qu’à nous-mêmes, de travailler dans l’union». Et la Gazette ajoute ce commentaire: «L’intention est excellente.»

On connaît la suite… Une décennie plus tard, la guerre terminée, le général de Gaulle déclare, le 26 mai 1951 à Oran, dans un discours prononcé place d’Armes devant une foule d’environ 8000 personnes, qu'«il est lamentable pour la France, au nom du passé et de la réconciliation nationale indispensable, qu’on laisse mourir en prison le dernier Maréchal». Celui-ci expire en résidence surveillée le 23 juillet.


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