Céder à la logique des terroristes? Au lendemain des attentats de Bombay, il faudra beaucoup de sang-froid aux dirigeants indiens et pakistanais pour éviter le piège de la confrontation qui leur a été tendu par les kamikazes de l'islam. Et encore plus de sagesse pour résister aux appels à la vengeance, aux sirènes nationalistes et aux calculs politiciens de deux démocraties nucléaires, fragiles et instables. En seront-ils pourvus?

Côté indien, la cause est entendue: le coup a été porté par le Pakistan, sinon intentionnellement, du moins par négligence, l'ensemble des terroristes provenant de son territoire selon les premières indications des enquêteurs. Manmohan Singh, le premier ministre, ne pourra pas se contenter du limogeage de quelques ministres pour faire avaler la pilule. La rue, l'opposition du BJP, le parti nationaliste hindou, demandent une riposte claire. Comme l'envoi de nouvelles troupes à la frontière. S'il veut survivre à cette crise, à quelques mois des élections législatives, le parti du Congrès au pouvoir sera sous très forte pression pour aller dans ce sens. Celui de l'escalade.

Côté pakistanais, c'est la peur d'une nouvelle confrontation avec l'Inde. Le gouvernement nie toute implication. Mais que contrôle-t-il au juste? Asif Ali Zardari, le président, voulait faire de l'ordre dans l'armée et les services secrets qui ont trop longtemps tiré les ficelles du jeu des islamistes. Les attentats de Bombay pourraient bien être la réponse des réfractaires à un apaisement avec l'Inde. En plein marasme économique, la coalition de partis qui a porté le veuf de Benazir Bhutto au pouvoir n'est pas moins instable. Lui-même avait échappé de peu à un attentat il y a deux mois.

Face au risque d'un dérapage guerrier, la raison voudrait que les dirigeants des deux pays se retrouvent autour d'une table. Il faudrait y joindre les Afghans. Car désormais tout est lié dans cette poudrière du monde. La déstabilisation de l'Afghanistan a en effet entraîné celle du Pakistan, et la fragilisation du Pakistan menace à présent de déstabiliser la plus grande démocratie du monde. C'est une telle conférence que veut organiser Barack Obama et qu'Hillary Clinton devrait être amenée à piloter pour stabiliser la région. L'espoir est permis. Après un attentat contre le parlement indien, en 2001, attribué à des islamistes pakistanais, les frères ennemis avaient bien engagé un processus de paix.

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