Est-il possible pour les femmes d’avoir une carrière de haut niveau, d’être mariée et d’élever une famille? Il n’y a jamais de fin à la discussion sur ce sujet mais quatre nouveaux exemples ont relancé le débat.

Selon Sheryl Sandberg, le Chief Operating Officer de Facebook, les femmes peuvent «tout avoir». Bien sûr, avoir un mari bien payé plus l’assistance à plein-temps pour ses deux enfants à la maison, cela rend les choses plus faciles. Sheryl Sandberg maintient que les femmes ne sont pas assez agressives dans la recherche de promotion (ce qui est probablement vrai). L’autre femme défrayant les nouvelles ces jours-ci est Marissa Meyer, le nouveau directeur général de Yahoo! Elle vient d’accoucher de son premier enfant début octobre. Pour rappel, cet ingénieur «logiciel» de 37 ans a quitté un emploi chez Google pour s’engager récemment dans ce nouveau rôle. Tout le monde est curieux de savoir si elle est capable de sauver Yahoo! qui est en difficulté.

Toutes les femmes ne sont convaincues qu’il est possible d’être une «Superwoman». Deux des cas les plus médiatisés sont des femmes au sein de gouvernement. Anne-Marie Slaughter a été nommée Directrice de la planification politique – la première femme à être élue à ce poste si prestigieux au sein du département d’Etat aux Etats Unis. Après deux ans, elle a démissionné afin de passer plus de temps avec sa famille et retourner à l’enseignement universitaire. Elle soutient qu’un travail de haute puissance peut être compatible avec l’éducation des enfants uniquement si une femme est riche, a un emploi avec des horaires flexibles ou si elle travaille pour elle-même. Néanmoins, elle croit que les femmes se font des illusions de penser que faire une carrière «de haut vol» soit compatible avec la vie de famille.

La même conclusion a été tirée par Louise Mensch, un membre britannique du Parlement. Elle a démissionné parce qu’elle a dit que c’était trop difficile de jongler avec un travail difficile et de s’occuper d’une famille. Sans doute, ces deux derniers cas expliquent pourquoi seulement 3% des patrons du magazine Fortune 500 sont des femmes et seulement 20 sont des chefs mondiaux de l’Etat. Les gouvernements de la Belgique, de la France, de l’Italie et de la Norvège ont réagi à cette crise en fixant des quotas pour les femmes dans les conseils. Beaucoup de femmes s’opposent à cette solution, car elles préfèrent accéder naturellement aux rôles de haute direction au lieu d’être obligées de siéger à des conseils. Tout récemment, un groupe de femmes d’affaires et une association de femmes cadres (BPW) ont déposé une initiative pour établir des quotas en Suisse.

Mais que peut-on faire? Il est intéressant de noter qu’une étude en 2007 a révélé que 54% des femmes cadres supérieurs n’ont pas d’enfant, comparé à 29% chez les hommes. Beaucoup de femmes éduquées changent leur plan de carrière pour aller vers des emplois avec des horaires plus flexibles comme les ressources humaines ou des relations publiques. Les jeunes hommes et femmes de la génération «Y» (née approximativement entre 1980 et 2000) veulent des horaires plus flexibles et valorise le travail à distance. Ils ont l’intention de chercher des employeurs qui vont tenter de faire du «work-life balance» une réalité.

Il est encore difficile de croire que la société n’a pas encore trouvé une solution pour les femmes qui travaillent et élèvent une famille. La nouvelle série télévisée danoise «Borgen» décrit avec un réalisme époustouflant la dure réalité de la vie d’une femme Premier Ministre: une vraie leçon de réalisme pour celles et ceux qui pensent encore qu’être une «superwoman» est facile dans notre société du XXIe.

Prof. Ann Kato, professeure honoraire du Département des Neurosciences Fondamentales, Faculté de Médecine de l’Université de Genève