Musique

Il y avait Beyoncé, il y a désormais Solange

La petite sœur de Beyoncé explose avec son troisième album «A Seat at the Table», classé numéro un sur iTunes à sa sortie aux Etats-Unis. Récit d’un avènement

Au commencement était le clan Knowles. Une famille unie jusqu’aux phalanges exécutant une symphonie millimétrée, où chacun joue son rôle et ne s’en écarte pas. Le père, Mattew, manage, la mère, Tina, dessine et coud, les cousines, Kelly et Michelle, fredonnent en chœur. Au centre du tableau, Beyoncé trône en reine incontestée. Dans cette rythmique aux airs de prophétie, certains ont flairé l’instant où Solange sortirait de l’ombre. C’est chose faite avec «A Seat at the Table», troisième opus de la cadette Knowles, classé numéro un sur iTunes à sa sortie aux Etats-Unis. Une déesse enfin couronnée? Le public, en tout cas, l’a définitivement consacrée.

«Ce matin, j’ai écouté A Seat at the Table et j’ai été éblouie par le bien et la paix intérieurs que ça m’a procuré», tweete @nawomey, à propos de l’album révélé le 30 septembre. Plus que la revanche de la petite sœur, Solange incarne l’ascension tranquille d’un talent qui a mûri au second plan. Forcément effacée par son aînée, cette diva flamboyante dont la lumière irradie, celle qui a réussi à faire entrer le mot «bootilicious» dans le dictionnaire et gère des millions avec son mari Jay-Z.

«Il n’y a pas écrit «sœur de Beyoncé» sur son acte de naissance», pointe toutefois @cleversounds, lassé de la «guerre des sœurs». Certes la comparaison est facile, attendue… mais néanmoins inévitable. Le style, la manière, l’esprit: tout les oppose. Contrairement à Bey, Queen B ou encore Yoncé, Solange est simplement Solange, une fille «d’eau, de mélanine, d’os et de sang», comme l’indique son compte Twitter. Une fille qui prend position, refuse de se justifier et chante parce qu’elle aime ça. Une artiste humaine avant d’être icône. 

Soul vindicative

Avec sa soul vindicative, Solange livre un album plus engagé que jamais. Son message s’ancre dans l’actualité: les tensions raciales, la discrimination positive, les violences policières, pour dénoncer avec force les fractures qui hantent l’Amérique deux cents ans après l’abolition de l’esclavage. Et elle dégaine les mots comme des armes, à la manière d'un Kendrick Lamar. Vingt et un titres coups de poing qui traduisent sa colère (Mad), mais aussi sa volonté de s’engager pour sa communauté (FUBU: for us by us). A tel point que certains avouent avoir viré de bord. «Je crois que je viens de passer de la team BEY à la team SOLANGE», confie @CallMeRenat.

#teamsolange

Et ceux qui avaient un coup d’avance ne manquent pas l’occasion de le rappeler: «Je suis #teamsolange depuis trois ans. Heureuse que le monde ait enfin compris.» Avec «Don’t touch my hair», qui résonne déjà comme un slogan, Solange célèbre l’honneur et la beauté de la femme noire. «Ne touche pas à mes cheveux, ce sont mes sentiments que je porte.» Elle qui d’ordinaire exhibe une afro sculpturale, apparaît ici la chevelure criblée de pinces gantées. Les morceaux s’enchaînent, accompagnés de deux clips vidéos à l’esthétique racée et aux tableaux épurés. Une mise en scène co-dirigée par son mari Alan Ferguson, pour le label Saint Records que Solange a créé en 2013.

Le morceau «Losing You», extrait de l’album True sorti en 2012.

La note finale et c’est l’ovation. A propos du morceau «Cranes in the sky», écrit dans une chambre d’hôtel il y a huit ans, un internaute écrit qu’il y voit la «définition de la patience et de la foi, même quand tu pensais ne plus en avoir». «Solange met à l’honneur sa communauté avec une sincérité et une justesse qu’on ne voit que trop rarement. Chapeau!», salue encore le site Trace.

Le poids des fratries

Dans la fratrie Jackson comme chez les Kardashian ou encore les sœurs Minogue, l’émulation dope la performance. Appartenir à une dynastie est une force, mais aussi une difficulté supplémentaire pour les seconds, les cadets qui doivent s’affranchir de références totémiques. Si Solange n’a pas commencé à exister avec «A Seat at the Table», elle a définitivement cessé d’être «la petite sœur de».

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