Revue de presse

Il y a cent onze ans, le 12 juillet 1906 marque la fin de l’affaire Dreyfus

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Aujourd’hui, la reconnaissance tardive d’une célèbre erreur judiciaire en France

Onze ans après la dégradation publique du capitaine Alfred Dreyfus sous l’accusation d’espionnage, celui-ci est solennellement réhabilité par la Cour de cassation de Paris, qui constate, le 12 juillet 1906, que «de l’accusation, rien ne tient debout». C’est le terme d’une affaire qui a secoué et divisé la France pendant des années, avec cette erreur judiciaire difficilement réparée, après que la presse et l’opinion publique eurent joué un rôle majeur contre la raison d’Etat. Ces événements à rebondissements ont marqué durablement les esprits dans un contexte propice à l’antisémitisme et à la haine de l’Empire allemand, qui avait annexé l’Alsace-Lorraine.

«L’échafaudage s’écroule»

Il y a donc exactement cent onze ans, «tout l’échafaudage […] s’écroule, Dreyfus est innocent», commente le Journal de Genève au lendemain du procès en révision, où le garde des Sceaux produit des documents qui ont été falsifiés et ont «contribué à égarer l’esprit des juges» précédents, sans compter les faux témoignages. Mais «s’il s’était agi d’une affaire qui n’avait pas été contaminée par les passions politiques, religieuses et sociales, il est probable que la Cour n’aurait pas hésité longtemps […]: elle aurait renvoyé l’accusé devant un nouveau conseil de guerre. Cela paraissait normal et cela eût été l’honneur de la juridiction militaire de réparer son erreur première.» Cette fois donc, le Journal le martèle: «L’affaire Dreyfus est terminée.»

La Gazette de Lausanne est plus diserte sur l’atmosphère de l’audience, en précisant que «toutes les places réservées au public étaient occupées», montrant bien l’intérêt exceptionnel suscité par une procédure qui paraissait jusque-là sans fin. Les «spectateurs» écoutent attentivement le délibéré du président Alexis Ballot-Beaupré, qui parle pendant une heure et 10 minutes. C’est un personnage central, puisqu’il avait été désigné rapporteur pour la première demande en révision du procès d’Alfred Dreyfus, ce dernier ayant été condamné en 1894 par le Conseil de guerre à la dégradation militaire et à la déportation à perpétuité en Guyane pour haute trahison.

C’est lui aussi qui avait alors déclaré que le bordereau incriminant le capitaine avait été en fait écrit par l’officier Ferdinand Walsin Esterhazy. Lequel ne fut jamais inquiété et a fini par fuir la France au moment où cela a commencé à sentir le roussi pour lui. Convaincu de l’innocence de Dreyfus, Ballot-Beaupré se prononça très tôt en faveur de la révision.

Ce jour-là, «au milieu du plus profond silence», «d’une voix haute et nette», il donne donc lecture de l’arrêt, puis «un long murmure de satisfaction émue s’échappe de toutes les lèvres», avant que «le public s’écoule au dehors». «Aucun incident», précise en conclusion la Gazette. On se «serre les mains» et on «félicite» Madame Emile Zola, veuve depuis quatre ans de l’auteur du fameux J'accuse…!, et la famille du capitaine. Qui mourra, hasard du calendrier, vingt-neuf ans plus tard, jour pour jour, le 12 juillet 1935, seize ans après que l’Alsace-Lorraine fut revenue à la France.


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