Revue de presse

Il y a cinquante ans, le week-end lunaire d’Apollo 11 au clair de la Terre

Armstrong et Aldrin sur l’astre de la nuit… un des événements les plus marquants de l’histoire. Un jubilé plus tard, on a un peu oublié la sémantique profonde de cette fabuleuse odyssée. Qui n’est PAS une «fake news»

Difficile d’échapper, ces jours-ci, au 50e anniversaire du premier pas de l’homme sur la Lune. Il est 22h56 au centre spatial de la NASA, ce dimanche 20 juillet 1969, quand Armstrong pose le pied sur l’astre de la nuit. Pour couvrir l’événement, l’Agence France-Presse a dépêché plusieurs envoyés spéciaux à Houston. Elle republie aujourd’hui la fabuleuse dépêche que l’on relit avec avidité. Evidemment historique, elle a été diffusée au petit matin du 21 juillet, offrant le récit, minute par minute, des quelque deux heures passées par Neil Armstrong et Buzz Aldrin sur le sol lunaire.

Lire aussi notre dossier: Apollo 11, la fabuleuse odyssée

Sur les écrans de télévision du monde entier, «une vue panoramique s’offre aux regards: le module à l’arrière-plan, une infinité de trous minuscules étendant des ombres démesurées au premier plan, au loin l’horizon dont la rondeur apparaît nettement, véritable ligne de démarcation entre une surface scintillante sous la lumière solaire et le gouffre noir de l’Univers. L’image ne cesse de gagner en netteté. On distingue les traces de pas des astronautes sur le sol gris-blanc de la Lune.» Tout cela est d’une infinie poésie… et crée des légendes:

Quelque quinze heures plus tard, «les deux lunautes doivent décoller […] pour rejoindre la cabine de commande où gravite toujours, seul à bord, leur coéquipier, Michael Collins, une des seules personnes au monde qui ne put suivre leurs activités à la télévision». Mais, bien sûr, il «était tenu au courant des évolutions de ses camarades par contact radio. Il veillait d’en haut sur eux et quand on lui apprit que leur expédition s’était soldée par un triomphe et qu’ils étaient sains et saufs à bord du LEM, il manifesta sa joie et son soulagement par ce seul mot»:

Alléluia!

Alors, «d’Apollo 11 aux commémorations», on peut passer aujourd’hui «cinquante ans sur la Lune» avec Courrier international et son immense dossier, passionnant de bout en bout, multiforme, jubilaire, jubilatoire. Sur son site internet et dans l’hebdomadaire en kiosque depuis jeudi, il propose «un florilège du meilleur de la presse internationale sur le sujet», dont l’histoire, quasi métaphysique, du «premier selfie de la Terre», racontée par le Guardian. Ce lever de Terre sur la Lune date en fait d’avant Apollo 11; somptueux cadeau de Noël au monde, la photo avait été prise à bord d’Apollo 8 lors de la première mise en orbite par l’astronaute William Alison Anders, le 24 décembre 1968:

De 1969 à 1972, 12 astronautes ont emboîté le pas à Armstrong et à Aldrin. Si plus personne n’a foulé le sol du satellite depuis, si plus aucun humain ne s’est éloigné de plus de quelques centaines de kilomètres de la Terre, «les missions lunaires se remettent à exercer une certaine fascination – en raison notamment des succès enregistrés par la Chine dans ce domaine», indique Eurotopics.net.

Mais qu’est-ce qui pousse les humains à aller dans l’espace? Le plus souvent, le patriotisme, répond El Periodico de Catalunya: «La fierté nationale et la volonté de démontrer sa supériorité industrielle. […] La Chine est le premier pays à avoir réussi un alunissage sur la face cachée de la Lune, et à vouloir y construire une station permanente», elle s’en glorifie. «Donald Trump a annoncé qu’avec le programme Artemisa, les Etats-Unis seraient le premier pays à envoyer une femme sur la Lune, en 2024», etc. Rien n’a changé, dans le fond: avec la conquête de la Lune…

… comme il y a cinquante ans, il est surtout question de déterminer qui a la suprématie sur Terre

A ce propos, en Autriche, Die Presse juge que «les géants du numérique d’aujourd’hui rêvaient, enfants, de marcher sur les pas d’Armstrong et d’Aldrin. Aujourd’hui, la fortune qu’ils ont accumulée leur permet de réaliser ce rêve à leur manière. Difficile de prévoir ce que nous vaudra cette privatisation de l’avenir. Si, un jour, un vaisseau spatial appartenant à Amazon, Google ou Tesla envoie des collaborateurs sur Mars, il y a fort à parier qu’ils ne brandiront pas un drapeau, mais qu’ils se feront accompagner d’un avocat spécialisé dans le droit des brevets», pour s’arroger l’exclusivité «sur le rouge caractéristique de la planète rouge».

Ce qui fait réagir Courrier int’, toujours, de la manière suivante: «D’autres pays, comme l’Inde, cherchent à se positionner dans la course, même sans en avoir réellement les moyens. Le lancement de la sonde Chandrayaan-2 a été annulé pour cause d’avarie de dernière minute, et certains n’ont pas tardé à dénoncer le caractère low cost de la mission indienne: celle-ci a coûté 140 millions de dollars, alors que la Chine a consacré 8,4 milliards de dollars à l’ensemble de son programme spatial en 2017. Les Indiens trouveront sans doute des pistes pour améliorer leur programme spatial du côté des Russes, avec qui ils ont des discussions avancées en ce sens.»

Et de conclure qu’«au vu des sommes engagées et des enjeux potentiels pour l’humanité, la coopération en matière de conquête spatiale apparaît plus indispensable que jamais. Malgré les tensions commerciales et géopolitiques, l’espace semble être un des seuls [domaines] où Américains et Chinois seront forcés de coopérer. Pour faire remarcher des hommes sur la Lune, et sans doute la première femme, peu importe leur nationalité.» C’est aussi ce qu’a très bien exposé le reportage diffusé dans Temps présent jeudi soir sur la RTS.

Les théories du complot

Malgré l’évidence historique, malgré les preuves, il y a cependant toujours floraison de théories complotistes pour dénoncer un enfumage général avec ces premiers pas sur la Lune. Qui auraient été filmés on ne sait trop où, dans un désert du fin fond des Etats-Unis, ou ailleurs, peu importe. Comme le disent Les Décodeurs du Monde, «inventée de toutes pièces ou bien filmée par Stanley Kubrick en studio, la mission Apollo 11 fait l’objet de diverses rumeurs. Chaque photo floue, chiffre incohérent, comportement étonnant peut donner lieu à une explication non officielle.»

Mais Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association planète Mars (France) et blogueur au Temps, donne la réponse qu’il faut: «Pas de théorie complotiste ici! L’arrivée sur la Lune et les missions Apollo ont été amplement documentées! Des photos ont été prises, elles font toutes état d’un même environnement qui rejoint celui que l’on peut explorer depuis la Terre. Des échantillons ont été prélevés et analysés, qui confirment les particularités de cet astre que l’on peut par ailleurs observer depuis la Terre avec divers instruments, dont des spectromètres (très fiables à cette courte distance). Maintenant on peut toujours nier la réalité. Il y a même des gens qui croient encore que la Terre est plate. Mais ce n’est vraiment pas faire preuve d’intelligence.»


Retrouvez toutes nos revues de presse

Plus de contenu dans le dossier

Publicité