Revue de presse

Il y a deux cent treize ans, le 11 juillet 1804, un duel au pistolet mémorable à New York

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Aujourd’hui, la mort d’Alexander Hamilton sous les balles du vice-président américain Aaron Burr

Le duel au pistolet entre Aaron Burr et Alexander Hamilton est un des événements les plus célèbres de l’histoire politique américaine. Au terme d’une longue rivalité, Burr, alors vice-président des Etats-Unis, et Hamilton, ancien secrétaire du Trésor et bras droit de George Washington, s’affrontent le 11 juillet 1804 au bord du fleuve Hudson, en face de Manhattan. Il y a deux cent treize ans de cela, le prétexte était plutôt mince: selon une vague lettre publiée dans un quotidien new-yorkais, Hamilton aurait insulté Burr en son absence de manière «infâme», lors d’un dîner privé, et refusé ensuite de s’excuser.

Hamilton tire en l’air…

Opposé par principe au duel, Hamilton tire en l’air. Burr riposte par un tir à l’abdomen. Hamilton, qu’on qualifie aujourd’hui de père de l’industrie américaine, meurt après trente heures d’agonie. Les événements ont eu lieu pratiquement au même endroit où le fils aîné de Hamilton, Philip, est mort en duel lui aussi. Burr le comprendra plus tard. Hamilton avait l’air préoccupé en maniant son arme, et il avait mis ses lunettes. Burr a alors pensé qu’il ne tirerait pas en l’air. Il le regrettera toute sa vie, comme l’a évoqué une comédie musicale à Broadway, en 2015: «Now I’m the vilain in your history – I was too young and blind to see, that the world was wide enough for Hamilton and me.» («Maintenant, je suis le méchant de l’histoire. J’étais trop jeune et borné pour comprendre que le monde était assez grand pour Hamilton et moi.»)

Les deux mois de l’été 1804 passent, puis la Gazette de Lausanne diffuse «l’écrit» laissé par Hamilton, publié précédemment par «les journaux d’Amérique». L’info passe, étrangement, par un communiqué de la République batave, daté du 28 août à La Haye:

Un texte où la future victime dit qu’il lui «a été impossible d’éviter le combat», vu «le ton de la menace» employé par Burr. Il y déclare aussi, gêné aux entournures: «Je répondrai à ceux qui, ayant la même opinion que moi sur le duel, diront que je n’aurais pas dû donner» le mauvais exemple. Comment? En se justifiant ainsi: «Ma situation relative, dans ma vie publique et privée, exigeait de moi une attention scrupuleuse sur tout ce que les hommes appellent honneur, et me faisait un devoir de ne pas refuser» ce duel.

«Aucune animosité contre Burr»

Mais auparavant, il précise bien – et longuement, en cinq points – pourquoi il aurait préféré que les choses se déroulassent autrement:

«1°. A cause de mes principes religieux, […] qui font que je serais très malheureux si j’ôtais la vie à un homme dans une affaire particuliere.

2°. Parce que ma femme et mes quatre enfans me sont très chers, et que je regarde ma vie comme précieuse pour eux.

3°. Parce que j’ai des engagements avec des créanciers qui pourraient souffrir de la vente précipitée de mon bien.

4°. Parce que je n’ai aucune animosité contre le colonel Burr, que celle que peut causer une opposition politique.

5°. Parce que je risque tout, et ne puis rien gagner.»

Bien mal lui en prit.


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