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Château de Wartburg en Allemagne.
© 123rf

Opinion

Il y a deux cents ans, l’Allemagne s’éveille

Il y a tout juste deux siècles, cinq cents étudiants venus de toute l’Allemagne réclament la liberté d’opinion à la Wartburg. Un acte fondateur, selon l’avocat Alain Marti, qui préfigure l’Allemagne moderne

Le 18 octobre 1817 s’est produit à la Wartburg un événement de dimensions modestes, mais prometteur des plus grandes espérances. Quelque cinq cents étudiants se sont réunis pour demander la liberté d’opinion et la liberté de presse pour l’Allemagne.

Modeste manifestation, mais significative, puisque toute l’Allemagne ne comptait qu’environ huit mille cinq cents étudiants. Ces jeunes gens sont venus à pied de toute l’Allemagne, et ont affronté la censure qui sévissait preque partout.

Jeunesse sacrifiée

Pendant les guerres que les Français désignent comme les guerres de la Révolution et de l’Empire, mais que les Allemands appellent les guerres de libération, l’Allemagne a énormément souffert et elle a consenti d’immenses sacrifices pour chasser l’occupant. Ces sacrifices ont été avant tout ceux de la jeunesse, car on ne compte pas les morts qu’il a fallu pour libérer le pays.

Après la chute de Napoléon, deux courants de pensée ont dominé l’Europe: d’un côté la peur que ça ne recommence et de l’autre le désir de liberté. C’est l’époque de la Sainte-Alliance conclue entre les familles régnantes, qui vont s’entraider pour assurer le calme du continent.

Les monarques vont envoyer les uns chez les autres des armées chargées de rétablir l’ordre en écrasant toute velléité de liberté. Les monarques ou leurs ministres se réunissent périodiquement pour bien tenir la situation en main. Nombreux sont les penseurs, les écrivains qui sont arrêtés et qui passent des années en prison, par exemple Reuter en Allemagne ou Silvio Pellico pour l’Italie. Nombreux sont les penseurs et les écrivains qui quittent clandestinement l’Europe pour gagner les Amériques.

Un acte courageux

Dans ces conditions, oser publiquement réclamer la liberté d’opinion et la liberté de presse est un acte de courage. Eisenach et la Wartburg sont des lieux chargés d’histoire, des points forts de la culture allemande. C’est là qu’a vécu Sainte Elisabeth, modèle de piété et d’abnégation, qui s’est dépensée sans compter pour les pauvres et les malades de Thuringe. C’est devant elle que Wagner situe le Sängerkrieg, la guerre des chanteurs, passage important de l’opéra Tannhaüser.

Cet affrontement a réellement eu lieu à la Wartburg, sous les yeux d’Elisabeth, entre les plus grands poètes de l’époque. Seul Tannhäuser n’y était pas, puisque ce personnage est une création du grand Wagner. La Wartburg est donc le point culminant de la poésie allemande du Moyen-Age et un haut lieu de la vie religieuse. Mais la Wartburg est aussi liée à l’histoire de Luther.

Mis au ban de l’Empire par la diète de Worms, Luther n’était plus protégé par aucune loi; n’importe quel fanatique aurait pu le tuer sans encourir la moindre sanction. Pour assurer sa protection, le prince l’a fait enlever et détenir dans ce château pendant quelque deux ans. C’est là que Luther a traduit la Bible en Allemand, façonnant pour tous ses lecteurs une langue commune à tous les Allemands.

Guillaume fera l’unité allemande à Versailles en 1870, et recevra des monarques la couronne que son frère avait refusé de recevoir du peuple

Une manifestation sans heurt

En second lieu, il y a la figure bienveillante de Karl August, Prince de Saxe-Weimar, l’ami et le mécène de Goethe. De toute l’Allemagne, le seul monarque à respecter la liberté d’opinion et la liberté de presse. Malgré toutes les remontrances qu’il a reçues, malgré toutes les pressions qu’il a subies, Karl August a tenu bon: la manifestation a eu lieu; elle s’est déroulée sans aucun heurt, sans aucun désordre.

Encore aujourd’hui pend dans la grande salle de la Wartburg, au-dessus de la cheminée, la bannière qui fut en tête de la procession des étudiants montant d’Eisenach à la Wartburg. Karl August fut certainement de son vivant le prince le plus aimé de toute l’Allemagne.

Parlement de Francfort

Ce qui s’est passé à Eisenach le 18 octobre 1817 a constitué le premier souffle d’un mouvement qui a couvé sous la cendre pendant près de trente ans. La Wartburg est devenue le symbole de la liberté pour la jeunesse allemande. En 1848, quand la France a rétabli la République, les princes allemands ont enfin fait une concession. Le parlement de Francfort, qui réunissait des délégués de tous les Etats allemands, fut pour la première fois élu; pour la première fois, les délégués n’étaient plus des représentants désignés par les princes, mais par des électeurs.

Ce parlement a offert la couronne de l’Empire au roi de Prusse Frédéric Guillaume IV. Celui-ci l a décliné l’offre du parlement de Frankfort, parce qu’il était roi de droit divin et qu’il ne voulait pas recevoir une couronne du peuple.

Son frère et successeur Guillaume fera l’unité allemande à Versailles en 1870, sur la défaite de la France de Napoléon III et recevra des monarques la couronne que son frère avait refusé de recevoir du peuple.

En rédigeant ces lignes, je me prends à rêver et à refaire l’histoire. J’imagine une République Française et une Allemagne libérale se tendant la main en 1848 et je pense avec une immense pitié à ces millions de malheureux qui sont morts sur les champs de bataille de 1914… pour rien.

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