La transition énergétique n’a rien d’un fleuve tranquille: l’année 2022 aura convaincu ceux qui en doutaient encore. Dès le début, le contexte a été, il faut en convenir, assez particulier. La nécessité de réduire rapidement les émissions de CO2 est devenue une évidence en 2009, au paroxysme de la crise économique mondiale. Il aura fallu six ans pour en arriver à l’Accord de Paris, alors même que la crise des dettes souveraines menaçait la pérennité de l’euro. La pandémie de Covid-19 a provoqué une nouvelle récession en 2020 dont les pays occidentaux sont sortis économiquement indemnes, au prix d’un effort financier sans précédent des Etats. La Chine, par contre, victime de sa politique du «zéro covid» souffre encore d’une croissance anémique.

L’année 2022 a été marquée par le grand retour de l’inflation, alimentée par la rupture des chaînes d’approvisionnement, les politiques de relance post-covid et les ambitions impériales meurtrières de Poutine. Pour nous Européens, elle se caractérise par une augmentation du prix de l’énergie, du gaz et de l’électricité, amplifiée par l’effondrement du cours de l’euro par rapport au dollar.

Il est généralement admis que la guerre en Ukraine aura pour conséquence une augmentation des émissions de CO2 à court terme mais une accélération de la transition énergétique à moyen et à court terme. Dans ce contexte, les observateurs ont généralement été déçus par les résultats de la COP 27. On ne saurait leur donner tort puisque la conférence climatique n’a pas abouti à des avancées significatives.

Notre dossier: La COP27 face à l’urgence climatique

Pour ma part, j’aurais tendance à relativiser l’importance de ce dénouement insatisfaisant. Ce qui compte aujourd’hui, ce n’est pas la fixation de nouveaux objectifs au niveau international, mais bien la capacité des Etats signataires à respecter les engagements pris à Paris. Or, de ce point de vue, il y a quelques raisons d’être optimiste.

Le président américain Joe Biden a réussi à faire adopter un plan qui prévoit des milliards pour le développement des énergies renouvelables. L’un des pires climatosceptiques de la planète, le Brésilien Jair Bolsonaro, a été défait aux élections présidentielles. En Europe, la menace d’une pénurie de gaz et d’électricité a agi comme un véritable électrochoc. L’Union européenne s’est fixée des objectifs plus ambitieux et le Parlement européen a confirmé qu’à partir de 2035, les voitures neuves devraient être électriques (ou à hydrogène) pour être autorisées.

Lire aussi: La Californie va bannir les voitures neuves à essence d'ici 2035

Notre petit pays semble aussi s’être réveillé. En 2021, on avait enfin enregistré une croissance très significative des installations solaires. La tendance s’est encore renforcée cette année, selon les données actuelles. La possibilité donnée d’utiliser les bordures d’autoroutes et de voies de chemin de fer pour la pose de capteurs solaires offre un nouveau potentiel réalisable dans des délais raisonnables. Dans les ventes de voitures neuves, la part des hybrides et des électriques augmente spectaculairement depuis deux ans.

Un autre regard: La voiture électrique, solution problématique

Les esprits chagrins rétorqueront que la production du solaire chute pendant l’hiver; mais le consensus trouvé autour des centrales en haute montagne ouvre de nouvelles perspectives. Il en est de même pour la réévaluation à la hausse du potentiel éolien, une énergie qui est précisément la plus abondante pendant la période où la production solaire est la plus faible. De ce point de vue, les décisions de justice favorables qui viennent de tomber dans le canton de Vaud sont d’autres signes encourageants.

Pour mieux asseoir enfin ces vues optimistes, il faut rappeler que le canton de Vaud a retenu 20 projets de géothermie de grande profondeur. Le forage a commencé à Vinzel. Dans le canton de Genève, les études récentes ont confirmé l’important potentiel disponible pour le chauffage à distance et un calendrier a été établi. Bref, en bons Suisses, nous avons été lents à nous mettre en branle, mais, une fois partis, nous sommes efficaces.


Chronique précédente: La Suisse et l’Accord de Paris: un simple retard à l’allumage?

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.