Portée par l’enthousiasme d’une amie chère, j’ai été convaincue de participer à une expérience inédite: affronter le stress de la page blanche, pour livrer aux lecteurs de ce journal, deux fois par mois, une chronique. Femmes en affaires, vaste sujet s’il en est, que je pensais bien connaître et donc tout aussi bien maîtriser. J’avais d’ailleurs commencé sur les chapeaux de roues, lançant à mes camarades de jeu, peu avant notre première réunion, un tonitruant et tout aussi prétentieux: Je suis avocate. Or, comme chacun le sait, mes petits camarades et moi avons un talent inné pour faire une histoire d’un rien. Et si vous ajoutez à cela que je suis une femme, donc naturellement volubile, vous devrez tout aussi naturellement en conclure que je suis ravie de participer à cette très jolie expérience. Soyez assurés, chers lecteurs, que ces quelques lignes n’avaient rien de prophétiques. Car avocate de formation je suis, mais chroniqueuse je ne suis pas. Et force est de conclure que… il y a trois mois j’ai fait une grosse bêtise. Et ne me dites pas que ça ne vous est jamais arrivé.

Les sujets se sont donc bousculés dans ma tête: les femmes et les hommes, égaux dans le travail? Non, tout et plus a sans doute déjà été écrit sur le sujet. Tournant de carrière à 40 ans, l’échappée belle? Trop personnel. L’accession des femmes aux postes à responsabilité. Trop féministe, plus à la mode. Puis des titres souvent racoleurs se sont joints à la réunion que j’avais convoquée avec moi-même: Le temps, cet ennemi qui vous veut du bien. Pas certaine que la rédaction comprenne que je ne parlais pas du journal. Les avocats sont devenus fous. Pas persuadée que mes anciens pairs verraient cela d’un bon œil. La banque suisse tarde-t-elle à se réinventer? Encore moins sûre que ce serait une bonne entrée en matière pour quelqu’un qui a rejoint une banque en début d’année. C’est sûr, j’avais fait une grosse bêtise… Mais ça vous est sûrement déjà arrivé.

Alors je me suis souvenue de toutes ces fois où j’ai croisé sur ma route des gens qui ont dépassé leurs craintes, ce qu’ils croyaient être leurs limites, ce qu’ils pensaient être insurmontable et que l’expérience a transcendé. Je me suis souvenue aussi de tous les «je n’y arriverai pas» qui ont jalonné mon enfance. Et tout aussi sûrement la vôtre.

Rappelez-vous l’impensable. Au siècle dernier, Marie Curie reçoit le prix Nobel de physique pour la découverte de la radioactivité. Indira Gandhi est élue démocratiquement à la tête de l’Union indienne. Oskar Schindler sauve plus de 1200 juifs d’un destin funeste. Et plus récemment, Mark Zuckerberg lance Facebook. Barack Obama accède à la présidence des Etats-Unis. Mohamed Bouazizi s’immole par le feu en Tunisie et provoque par son sacrifice le soulèvement général qui conduira le président Ben Ali à prendre la fuite. Mais rappelez-vous aussi les dirigeants de Swissair qui n’ont pas pu ou su éviter sa faillite, Bernard Madoff qui s’est avéré être le plus grand escroc du siècle ou encore Nick Leeson qui a, à lui seul, généré les pertes qui devaient faire disparaître la Barings. Tous ont un point commun: rendre possible ce qui n’était pas imaginable, pour le meilleur, comme pour le pire.

Alors – toutes proportions gardées – je me suis convaincue que si je n’étais pas chroniqueuse, j’allais malgré tout devoir me lancer, pour le meilleur ou pour le pire moi aussi. J’ai notamment à partager avec vous un peu de mon expérience professionnelle. Je vous parlerai donc deux fois par mois de planification successorale, d’ingénierie patrimoniale, de la banque suisse qui se réinvente et qui, quoi que les mauvaises langues en disent, se porte somme toute plutôt bien. Mais pas seulement. Ce sera le fil rouge, qui n’ira pas sans quelques écarts, plus légers et/ou plus féminins… J’ai entendu quelqu’un dans le fond dire «pléonasme». Grrrrrr, si j’avais sous la main mon BlackBerry, je vous enverrai un petit bonhomme rouge de colère! N’empêche, Monsieur, je tiens ma chronique du jour et j’ai rempli ma page blanche, moi. Et je voudrais bien vous y avoir vu.

Dans ma tête, comme un refrain, une phrase de Mark Twain qui devrait raisonner chez tout le monde, tout le temps: ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. Permettez-moi de souhaiter que cela vous arrive aussi.

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