Incidences

Il y a vingt-cinq ans, les Accords d’Oslo

OPINION. Que reste-t-il des Accords d'Oslo? Des échecs et quelques succès, explique François Nordmann à la suite du jurisconsulte israélien Joel Singer

Les Accords d’Oslo, signés sur la pelouse de la Maison-Blanche le 13 septembre 1993, sont le fruit de négociations secrètes menées dès 1992 par des négociateurs privés relayés par la diplomatie norvégienne. Après de premiers contacts en Israël et en Cisjordanie, les représentants d’ONG palestiniennes et israéliennes se retrouvent à Londres puis dans les environs d’Oslo. Des délégations officielles les remplacent en cours de route. Mis au courant des progrès des pourparlers, le premier ministre Yitzhak Rabin surmontera les doutes qui l’habitent et signera la «Déclaration de principes sur les arrangements intérimaires d’autonomie» avec Yasser Arafat, président de l’OLP. Il finira par lui serrer la main. Le moment lui paraissait favorable: la Russie et l’Iran étaient affaiblis, les territoires occupés étaient en proie à une révolte et à des troubles connus sous le nom d’Intifada auxquels il fallait mettre un terme par un geste politique fort en direction des Palestiniens.

Deux ans plus tard, le 28 septembre 1995, les parties signeront le second «accord d’Oslo» destiné à mettre en œuvre le retrait partiel d’Israël des villes de Cisjordanie et l’installation de l’Autorité palestinienne. Les tensions sont à leur comble, le mouvement des colons s’oppose au gouvernement. Le 4 novembre 1995, Rabin sera assassiné.

Echecs et succès d’Oslo

Que reste-t-il aujourd’hui de ces accords? Le jurisconsulte israélien Joel Singer, collaborateur et admirateur de Rabin, qui a participé aux négociations et qui est le rédacteur du texte des accords, en a récemment dressé le bilan dans une interview à Haaretz. Il relève rétrospectivement trois erreurs majeures du côté israélien: avoir refusé le gel de la colonisation de la Cisjordanie, comme le demandait l’OLP: la situation était encore maîtrisable avec 100 000 colons (on en compte 600 000 aujourd’hui); avoir accepté de donner la responsabilité du maintien de l’ordre dans les régions autonomes à la police palestinienne: c’était trop tôt, les dirigeants venus de Tunis n’étaient pas préparés à leur tâche et ils ont échoué face au Hamas; enfin, miser sur Yasser Arafat: autant il s’est montré flexible pour ce qui touchait à la période intérimaire (qui devait durer cinq ans), autant il allait être intransigeant dans la négociation du «statut final» qui devait régler les questions telles que Jérusalem, les réfugiés et les questions territoriales.

Joel Singer cite aussi trois succès qu’il attribue à «Oslo»: la reconnaissance mutuelle (légitimité de l’Etat d’Israël pour les Israéliens, légitimité de l’OLP en tant que représentant du peuple palestinien pour les Palestiniens); un certain degré de normalisation avec le monde arabe, dont le traité de paix avec la Jordanie est emblématique. Enfin, les Accords constituent les fondements de ce que sera un jour le règlement final, quand les circonstances s’y prêteront…

La position d’Abraham Burg

Bien avant les Accords d’Oslo, Abraham Burg, cofondateur du mouvement La paix maintenant prônait la solution des deux Etats, en porte-à-faux avec l’opinion publique israélienne. Abraham Burg vient de prendre une position qui se situe une nouvelle fois à contre-courant, dans la revue britannique Prospect.

Il ne croit plus à la possibilité de créer deux Etats. La société israélienne s’en est trop éloignée et a multiplié les obstacles sur le terrain. Il vaut mieux désormais concentrer ses efforts sur une autre option, celle de l’Etat binational, pour en faire un Etat véritablement démocratique, pratiquant l’égalité entre ses citoyens, à l’abri de toute discrimination et réellement respectueux des droits de l’homme. Burg imagine une structure fédérale reliant deux entités décentralisées et autonomes sur le modèle du Texas ou de l’Ecosse, libres chacune d’avoir des contacts internationaux mais qui participeraient d’un seul Etat. Il faudra certes beaucoup de temps et d’efforts extérieurs pour y parvenir, mais c’est une perspective qui tient compte des faits tout en préservant les valeurs qui fondaient la solution des deux – la collaboration, le respect et la volonté de vivre ensemble en paix.

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